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nino42

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  2. slt t'a essayé de faire un clic long ,ça aura pour effet de mettre en surbrillance le fichier et de pourvoir le cocher via un petit carré qui apparait, ensuite vers le bas tu auras le choix de copier ,couper ,une fois fait tu te diriges là ou tu veux le coller normalement toujours vers le bas tu auras coller. Pour une application gratuite tu as iptv smarter que tu trouves facilement sur le playstore elle est gratuite ,suffit de coller les infos de ton fichier m3u ,login ,password ,et server
  3. Le portail permettant de se former à la pratique du drone est désormais ouvert aux particuliers. Celui-ci permet d'obtenir une attestation de formation, qui est obligatoire pour les drones pesant plus de 800 grammes. Vous possédez un drone de loisir ? Si c’est le cas, sachez qu’il vous faut suivre une formation en ligne et obtenir dans la foulée une attestation démontrant que vous êtes apte à opérer votre aéronef, si celui-ci pèse plus de 800 grammes. Un portail dédié — appelé Fox AlphaTango et géré par la Direction générale de l’aviation civile — a été justement mis en place à cette fin le mercredi 7 novembre. Gratuite, la formation est obligatoire pour les personnes qui sont amenées à utiliser des drones, et cela à partir de 14 ans. Il n’y a actuellement pas de sanction attachée à cette exigence, mais cela changera à compter du 26 décembre 2018. À ce moment-là, une contravention pourra tomber s’il est démontré que la formation n’a pas été suivie ou si l’attestation de formation n’est pas présentée. L’obtention de ce document requiert le suivi de six modules de cours, sur différents thèmes : les règles de l’air, les règles de survol, les règlements et démarches à respecter, les bonnes pratiques avant le vol, les règles pendant le vol et les sanctions. La durée de chacun de ces modules est assez brève. En tout, il vous faudra regarder des vidéos dont le temps cumulé n’excède pas la demi-heure. FOX ALPHATANGO // Source : DGAC MODULES DE COURS ET QCM Ces modules de cours sont accompagnés de rubriques supplémentaires permettant de s’entraîner, avec des questions à choix multiples. Par exemple à la question « Puis-je télépiloter un aéronef lorsqu’il est hors vue ? », il vous est proposé : « Non c’est interdit », « Oui si je suis titulaire de l’attestation de formation », « Oui si je dispose d’un retour vidéo sur ma télécommande » et « Oui si l’aéronef est à moins de 150 m ». Une fois que vous avez achevé la formation accélérée et testé vos connaissances avec les questions, vous pouvez mettre à l’épreuve votre savoir nouvellement acquis dans le QCM officiel. Sachez que celui-ci n’est pas accessible tant que vous n’avez pas complété l’étape de la formation. Il y a enfin une boîte à outils, qui regroupe diverses ressources sur les drones, mais pas seulement. Le test peut être repassé autant de fois que nécessaire. Si les questions ne sont pas hors de portée, elles requièrent tout de même de connaître le cadre de la pratique du drone de loisir. De plus, il faut que les réponses apportées au QCM soient entièrement exactes. Une très bonne ne suffit donc pas : c’est le sans-faute qu’il faut atteindre. Dans ces conditions, il est heureux que l’on puisse recommencer le test. DJI Mavic Air. // Source : Numerama DÉVELOPPER UNE PRATIQUE RESPONSABLE Il est à noter que l’utilisateur d’un drone dont le poids excède les 800 grammes doit aussi enregistrer son engin, sous peine de sanction. Il faut alors renseigner certaines informations : type d’aéronef, constructeur, numéro de série, et ainsi de suite. Un numéro d’enregistrement est ensuite attribué, qui doit être apposé de façon visible sur l’engin. L’obligation de formation pour les pilotes de drone de loisir a été rendue obligatoire par la loi du 24 octobre 2016 lors du vote de la loi relative au renforcement de la sécurité de l’usage des drones civils. Elle est valable pour une durée de cinq ans. Il est à noter qu’une formation dispensée par la fédération française d’aéromodélisme est jugée équivalente. En clair, la passer dans un club est valable. Selon la Direction générale de l’aviation civile, cette plateforme « développe une pratique responsable par une approche pédagogique pour améliorer les conditions d’usage en sécurité et la connaissance des règles essentielles par ailleurs, cet outil sensibilise les télépilotes au nécessaire respect de la vie privée des tiers au sol ». Source
  4. Les secrets du transfert de Kylian Mbappé 7 NOVEMBRE 2018 PAR YANN PHILIPPIN Le Real Madrid était prêt à débourser 214 millions d’euros pour s’offrir Mbappé. Le joueur a préféré rejoindre le PSG, mais en demandant des avantages exorbitants et une prime si le PSG était exclu de la Ligue des champions pour dopage financier. Le PSG a cédé sur le salaire, très peu sur le reste. L’idole Mbappé brille chaque jour un peu plus. Après des dizaines de buts, deux titres de champion de France, le voilà champion du monde à 19 ans. Il a la France à ses pieds, et bien au-delà. Au point de faire la une de l’édition européenne du Time, qui le consacre parmi les « leaders de la nouvelle génération ». Le gamin originaire de Bondy (Seine-Saint-Denis) incarne aussi une forme d’intégrité dans la jungle du foot business. Il ne fraye pas avec les agents. Kylian Mbappé gère sa carrière sportive et son business en famille, avec son père, Wilfrid, et sa mère, Fayza, tous deux ancien sportifs de haut niveau. Ils l’aident à garder les pieds sur terre. Kylian et ses parents « ne sont pas du tout intéressés par l'argent. […] C’est un artiste, Kylian. Tout ce qui l’intéresse c’est de jouer au foot », a déclaré Delphine Verheyden, l’avocate de la famille. Les documents Football Leaks, obtenus par Der Spiegel et analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau European Investigative Collaborations (EIC), montrent une réalité différente. Lors de son transfert au PSG, Mbappé a demandé, outre un salaire de 55 millions sur cinq ans net de tout impôt, des vols en jet privé, des primes supérieures à celle des autres joueurs, et même la garantie de devenir le mieux payé du club s’il obtient le Ballon d’or. À 19 ans, Kylian Mbappé est champion du monde. © Reuters Les Football Leaks dévoilent aussi les coulisses de son transfert à 180 millions. Où l’on apprend, entre autres, que le PSG et Monaco se sont arrangés pour ne pas payer d’impôts sur le transfert, et que le super agent Jorge Mendes a touché 9 millions d’euros grâce à des contrats antidatés, pour un travail dont on peine à cerner les contours. Delphine Verheyden nous a indiqué que Kylian Mbappé ne souhaitait pas répondre à nos questions, invoquant « la confidentialité à laquelle nous sommes tenus » : « Si la carrière de Kylian est peu ordinaire, les négociations de son contrat ont été menées dans le respect des lois, de ses valeurs familiales et des besoins liés à sa très forte exposition. Il souhaite désormais se concentrer exclusivement sur sa pratique du football. Nous comprenons l’intérêt de votre travail d’enquête que nous suivrons avec intérêt, à distance. » Tensions et frustrations à Monaco La première trace de Kylian Mbappé dans les Football Leaksdate de décembre 2012. Le gamin de Bondy vient de fêter ses 14 ans. Il achève sa deuxième année à l’Institut national du football (INF) de Clairefontaine, le plus prestigieux centre de formation français, et rêve de jouer un jour au Real Madrid. Ça tombe bien, le club lui fait les yeux doux. Il est invité à Madrid par l’entraîneur Zinedine Zidane, avec ses parents, pendant quatre jours. Le petit Kylian se fait prendre en photo avec Cristiano Ronaldo, son idole, dont les portraits tapissent les murs de sa chambre. Kylian rêve. Du Real à Chelsea, les plus grands clubs le veulent. Mais ses parents ont les pieds sur terre. Tous deux sont des sportifs accomplis. Son père, Wilfrid, a été joueur et entraîneur à l’AS Bondy, le club où Kylian a tapé ses premiers ballons. Sa mère, Fayza, a été joueuse de handball professionnelle en première division, à Bondy. Ils ne cherchent pas le club le plus prestigieux, mais celui où l’immense talent de leur fils pourra éclore au plus vite. Le 9 mars 2013, Wilfrid Mbappé s’envole pour Monaco afin de visiter le centre de formation de l’ASM. Les responsables de l’académie sont sous pression. « Tenez-moi informé, c’est un prospect ultra prioritaire », s’inquiète le directeur général du club, Vadim Vasilyev. Le contrat n’est conclu que début juillet. Le clan Mbappé s’est montré gourmand : selon L’Équipe, il a touché une prime de signature de 400 000 euros, un montant hors normes pour un gamin de 14 ans. Seul son salaire est normal pour un aspirant : 600 à 700 euros par mois. À l’époque, Mbappé n’aime pas trop défendre, cela agace ses entraîneurs, mais c’est « un phénomène », tranche Vasilyev. En septembre 2015, Kylian Mbappé n’a que 16 ans, mais joue déjà chez les moins de 19 ans, où il gagne les matchs presque à lui tout seul. Nicolas Holveck, directeur général adjoint de l’ASM, a rencontré ses parents pour discuter d’un premier contrat pro. « Pas pressés de signer, très lucides sur le talent et le potentiel de leur fils, ils savent que tôt ou tard, ils auront des propositions financières très intéressantes », écrit-il à Vasilyev. Kylian Mbappé sous les couleurs de Monaco. © Reuters L’obsession de Wilfrid, c’est la progression sportive. Il veut que Kylian passe chez les pros « au plus tard en début de saison prochaine ». Le club décide de le faire jouer immédiatement chez les « grands » de l’équipe réserve, qui évolue en CFA, bien que son entraîneur, Frédéric Barilaro, s’y oppose. « Nous avons eu cette discussion très pénible […], à l’issue de laquelle je n’ai pas eu d’autre choix que d’imposer l’intégration définitive de Mbappé dans le groupe CFA, dès lundi prochain », écrit Holveck à Vasilyev. Le coup de pression de Vasilyev Le jeune prodige n’y restera que quelques mois. À peine son fils surclassé, Wilfrid Mbappé veut qu’il intègre l’équipe première. Le 19 novembre 2015, il est reçu par l’entraîneur, Leonardo Jardim. « Leonardo a clairement fait comprendre au père qu’il compt[ait] sur le joueur et qu’il allait lui faire une place dans son groupe », se félicite un cadre du club. Il est reçu dans la foulée par Vasilyev en personne. « Il a insisté en disant que cela lui a[vait] fait beaucoup de bien de pouvoir exprimer devant vous tout ce que lui et sa famille avaient subi jusque-là. Il m’a dit être à présent rassuré de savoir que son fils serait humainement mieux traité, s’il venait à prolonger son contrat chez nous », rapporte le directeur du centre de formation à Vasilyev. Le 2 décembre 2015, Leonardo Jardim lui offre sa première entrée en jeu en Ligue 1. Le 20 février 2016, à 17 ans et deux mois, Kylian Mbappé devient le plus jeune buteur de l’histoire du club, devant l’illustre Thierry Henry. C’est son premier record de précocité, le début d’une longue série. Mais Leonardo Jardim traîne à en faire un titulaire indiscutable, à la grande fureur du joueur et de son père. C’est absurde, mais Kylian Mbappé est toujours aspirant, payé 700 euros par mois. En ce début 2016, Vadim Vasilyev est à cran : si aucun accord n’est trouvé, le prodige pourra partir librement le 30 juin, sans indemnité de transfert. Les plus grands clubs d’Europe sont déjà sur les rangs. Le mardi 16 février 2016, Vasilyev pose un ultimatum à Wilfrid Mbappé : s’il ne signe pas d’ici à vendredi, Kylian sera rétrogradé dans l’équipe des jeunes. Le directeur sportif, Luis Campos, appelle Wilfrid pour réparer les dégâts. « Il était nerveux pour la pression que tu lui a fait, rapporte-t-il à Vasilyev. Il dit aussi qu'il ne va pas [venir] vendredi à Monaco. […] Le joueur et son père [ne] nous font plus confiance. » Pour Campos, il est urgent que « Leonardo [Jardim] accepte de mettre Mbappé au départ du prochain match ». Mbappé réclame des vols en jet privé et le salaire de Neymar s’il est Ballon d’or Les négociations reprennent. Wilfrid Mbappé est si méfiant qu’il exige que le temps de jeu de son fils soit garanti dans son contrat. L’AS Monaco consulte la Ligue de football professionnel (LFP) sur la légalité d’une telle clause. « Je dois vous avouer que depuis maintenant dix ans que je suis à la LFP, c’est bien la première fois qu’un club me pose cette question », s’étonne le directeur juridique de la Ligue. Il répond que c’est impossible, car l’entraîneur doit rester libre et tous les joueurs doivent avoir « les mêmes chances » d’entrer en jeu. Wilfrid Mbappé (à droite) veille sur la carrière sportive et le business de son fils. © Reuters Vadim Vasilyev affrète un jet privé pour convoyer le clan Mbappé de Paris à Monaco, pour un rendez-vous au sommet le 3 mars. Il y a Wilfrid, sa mère, Fayza, et son demi-frère, Jires Kembo. Pour remporter le deal, Monaco doit sortir son chéquier. Le club comptait au départ s’en sortir avec une prime à la signature de 300 000 euros. La famille négocie finalement 3 millions, comme l’avait révélé L’Équipe. Kylian Mbappé signe son contrat trois jours plus tard. Il touchera 1 million d’euros brut par an pour la saison 2016/2017 (environ 500 000 euros après impôts), et 1,2 million l’année suivante. Un salaire énorme pour un joueur de 17 ans. L’offre à 214 millions du Real L’AS Monaco ne regrettera pas son investissement. Grâce à sa pépite, le club signe l’une des meilleures saisons de son histoire. En mai 2017, à seulement 18 ans, Kylian Mbappé est champion de France et demi-finaliste de la Ligue des champions. C’est déjà une star. Le Real, Manchester City, Arsenal et le PSG ont sondé les intentions de l’ASM. Kylian Mbappé est prêt à rester sur le Rocher. Mais le joueur et sa famille sont trop gourmands, même pour le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, propriétaire du club. Le 28 juin 2017, lors d’un conseil d’administration,Vadim Vasilyev explique que Mbappé a « demandé à être le joueur le mieux payé du club et obtenir le même salaire que [Radamel] Falcao », soit 8 millions d’euros par an. Seize fois son salaire actuel. Car Mbappé veut que cette somme lui soit versée ultra net dans la poche. À Monaco, les joueurs étrangers sont défiscalisés, mais les Français restent taxés dans l’Hexagone. En clair, Mbappé demande donc au club de payer ses impôts à sa place. Vasilyev refuse, car « la mécanique est trop complexe à élaborer et risquée pour le club ». Le directeur général de l’ASM annonce aux administrateurs qu’il va se rendre immédiatement en Espagne pour « rencontrer Florentino Perez ». Kylian Mbappé veut « rejoindre […] le Real de Madrid, son club de cœur », et jouer aux côtés de son idole, Cristiano Ronaldo. Florentino Perez, président du Real Madrid. © Reuters Le 20 juillet, un accord est trouvé. Le Real est prêt à payer 180 millions d’euros, dont 30 millions de bonus. Mais il y a un hic. Nous avions révélé, grâce aux Football Leaks, que Madrid avait placé Monaco sur sa liste noire des paradis fiscaux et taxait en conséquence à 19 % les profits réalisés par les entreprises du Rocher avec l’Espagne. Il y en a pour 34 millions d’euros, que l’ASM ne veut pas payer. Le lendemain, le Real craque et transmet son offre ferme, dans laquelle il accepte de régler la taxe. Le club madrilène était donc prêt à mettre 214 millions sur la table pour s’offrir Mbappé ! Presque autant que ce que paiera, deux semaines plus tard, le PSG pour s’offrir Neymar. Reste à convaincre le joueur et sa famille. José Ángel Sánchez, directeur général du Real, demande à Vasilyev l’autorisation d’inviter Wilfrid Mbappé à « partager des moments de qualité » à Los Angeles, où le club dispute des matchs amicaux. Selon le quotidien espagnol Marca, la rencontre américaine a eu lieu trois jours plus tard, le 24 juillet. Wilfrid Mbappé s’inquiète pour le temps de jeu de son fils, étant donné la concurrence en attaque avec les trois stars du club, Cristiano Ronaldo, Karim Benzema et Gareth Bale. Selon Marca, il aurait aussi été question d’argent : Wilfrid Mbappé aurait dit à Florentino Perez avoir reçu « une très grosse offre du PSG », et aurait réclamé en conséquence pour son fils 14 millions ultra net par an. Pour satisfaire le jeune prodige, le Real tente de vendre Bale. Sans succès. Début août, Mbappé annonce à Vasilyev qu’il a choisi Paris. Le choix du jeu et de la raison. L’ASM rechigne d’abord à renforcer son principal concurrent, à qui il vient de rafler le titre de champion de France. Vasilyev finit par céder, à condition que le PSG s’aligne sur l’offre du Real : 180 millions par an. Cela semble a priori impossible. Une semaine plus tôt, le PSG vient de stupéfier la planète foot en s’offrant Neymar pour 222 millions d’euros, pulvérisant le record du plus gros transfert de l’Histoire. Mais en cet été 2017, l’émir du Qatar, propriétaire du club parisien, n’a plus de limites. Le 18 août, les deux clubs s’accordent sur le principe d’un transfert. Les folles demandes de Mbappé au PSG Quelques jours plus tôt, le directeur sportif du PSG, Antero Henrique, a rencontré Kylian et Wilfrid Mbappé. Ils sont très gourmands. Le joueur demande 55 millions d’euros : 5 millions de prime à la signature et un salaire de 50 millions d’euros sur cinq ans, soit 10 millions en moyenne. Le tout ultra net d’impôts. Le PSG accepte. Y compris la garantie fiscale que Monaco avait refusée, et qui revient, pour le club, à payer les impôts du joueur. Résultat : Mbappé coûte en moyenne au PSG 31 millions d’euros par an rien qu’en salaire, et 60 millions en comptant l’amortissement de son transfert. Davantage, à lui tout seul, que le budget annuel des clubs de Montpellier ou Toulouse. Kylian Mbappé sous les couleurs du PSG. © Reuters La négociation a été rude quant à la répartition des 50 millions sur les cinq années du contrat. Wilfrid Mbappé avait demandé 9,5 millions dès la première saison. Refus du PSG, qui voulait fidéliser son jeune prodige en lui augmentant son salaire chaque année. Kylian Mbappé a finalement accepté de toucher 7 millions en 2017/18 et 9,3 millions cette saison. Son salaire progressera de 1 million les deux années suivantes, puis culminera à 12 millions en 2021/22. À condition, bien sûr, qu’il soit toujours là. En comptant sa prime de signature, versée en deux fois, Kylian Mbappé a touché 9,5 millions l’an dernier et 11,8 millions cette saison. Il est le deuxième joueur le mieux payé de France, loin derrière Neymar mais devant son coéquipier, Edinson Cavani (10,5 millions). Mais cela ne suffit pas au jeune prodige. Il a demandé au PSG des clauses folles, qui ont presque toutes été rejetées. Kylian Mbappé voulait qu’au cas où il remporte le Ballon d’or, il devienne automatiquement le joueur le mieux payé du PSG. Ce qui ferait tripler son salaire pour le porter à plus de 30 millions d’euros annuels, le montant de celui de Neymar. « Le Ballon d’or, je n’y pense pas », déclarait pourtant Mbappé le 11 octobre dernier. S’il l’obtient, le club lui versera finalement un bonus de 500 000 euros net d’impôts. La jeune star voulait aussi toucher plus de primes de performance que ses camarades. Ces bonus (400 000 euros par exemple pour le titre national) sont versés en brut par le PSG. Kylian Mbappé voulait toucher les mêmes sommes, mais net d’impôts. C’est non. Kylian Mbappé voulait que le club lui finance 50 heures par an de voyages en jet privé. Stupeur au PSG. Il ne les aura pas, mais obtient une indemnité supplémentaires de 30 000 euros par mois pour financer ses frais de logement et trois employés personnels : gestionnaire de la maison, chauffeur et agent de sécurité. Les manœuvres fiscales du PSG et de l’AS Monaco Wilfrid Mbappé a fait deux demandes plus surprenantes encore lors d’une négociation en direct avec le président du club, Nasser al-Khelaïfi. Il voulait que son fils puisse partir librement au cours des trois premières années de son contrat si un autre club faisait une proposition de transfert suffisamment élevée au PSG. S’agissait-il d’une « clause Real Madrid » destinée à permettre à Kylian de rejoindre son « club de cœur », auquel il avait temporairement renoncé par crainte de ne pas assez jouer ? Il n’a pas souhaité nous répondre. Selon les documents Football Leaks, al-Khelaïfi aurait d’abord accepté. Mais il a changé d’avis, notamment pour des raisons juridiques. Cela s’apparenterait à une clause libératoire, illégale en France. Le père du joueur s’inquiète justement de la clause libératoire de 222 millions d’euros que le PSG a payée deux semaines plus tôt pour s’offrir Neymar. Le PSG est accusé par ses rivaux de violer les règles du fair-play financier de l’UEFA (lire notre enquête ici). Wilfrid Mbappé a demandé à Nasser al-Khelaïfi que son fils touche une prime pour « perte de chance » si le PSG était exclu de la Ligue des champions par l’UEFA pour déficit excessif. Il ne l’a pas obtenue. Il pourrait s’en mordre les doigts. Une autre requête, acceptée celle-là, montre la relation très forte entre Kylian et son père. Wilfrid Mbappé a obtenu de pouvoir assister aux entraînements de l’équipe. Il a aussi le droit d’organiser au Camp des Loges des « séances d’entraînement individuelles » supplémentaires avec son fils, à condition qu’elles soient validées par le club et qu’un « membre du staff » sportif y assiste. Kylian Mbappé de retour au stade de l’AS Bondy, le 17 octobre 2018, pour fêter la Coupe du monde. © Reuters Une dernière demande de la famille est arrivée fin août : les parents demandent au PSG de financer la rénovation du stade de l’AS Bondy, l’ancien club de Kylian et Wilfrid, afin de le transformer en terrain synthétique. Le PSG refuse de s’y engager, apparemment pour des raisons juridiques. Le dossier a été relancé en septembre 2017, juste après le transfert, par la maire socialiste de Bondy Sylvine Thomassin. Si Mbappé avait été vendu à l’étranger, l’AS Bondy, financé par la commune, aurait touché 1,8 million en tant que club formateur. Soit davantage que son budget annuel de 1,1 million. Mais cette indemnité n’étant pas due pour les transferts entre deux clubs français, le PSG y a échappé. La maire a donc demandé au club parisien un « petit retour d’ascenseur » pour la ville et le club qui a formé Kylian : participer, à hauteur de 925 000 euros, au financement de ce terrain synthétique « dont les jeunes ont furieusement besoin ». Sylvine Thomassin a rencontré en décembre 2017 le directeur général adjoint du PSG, Jean-Claude Blanc. Contactée par Mediapart, la mairie de Bondy indique que le PSG n'a pas répondu à sa demande de financement à ce jour. Un accord définitif entre le PSG et la famille Mbappé est trouvé le 29 août 2017, deux jours seulement avant la fermeture du mercato. Mais une embrouille fiscale de dernière minute entre l’AS Monaco et le PSG a failli tout faire capoter. Le bras de fer Monaco-PSG Les négociations entre les deux clubs ont démarré sur la base de la proposition du Real : 180 millions d’euros. Au bout du compte, le joueur a été prêté un an gratuitement au PSG, avec option d’achat obligatoire à 145 millions. Plus 35 millions de bonus si le PSG revend ou prolonge le joueur. Les observateurs pensaient que ce montage était destiné à permettre au PSG d’essayer de respecter les règles du fair-play financier, étant donné les 222 millions dépensés juste avant pour l’achat de Neymar. Pas du tout. L’arrangement a été conçu pour permettre à l’AS Monaco de ne pas payer d’impôts. Le directeur financier, Alexandre Sarrazin, s’en inquiète dans un mail du 9 août à Vadim Vasilyev. Jusqu’ici le club, déficitaire, n’avait jamais payé d’impôt sur les bénéfices. Mais la vente de Mbappé va rendre le club très profitable et générer « un impôt à 16,5 millions d’euros ». « Ça sera peut-être aussi le moment de faire un montage comme on l’a évoqué avec une partie du transfert sur la saison prochaine. Ça sera plus facile pour eux [le PSG – ndlr], et mieux (ou moins mauvais pour nous) », ajoute-t-il, quatre jours plus tard. Le PSG est ravi. La combine ne change rien en matière de fair-play financier car le club doit intégrer, dès la période de prêt, l’intégralité du prix de Mbappé dans ses comptes. Mais cela a l’immense avantage de soulager la trésorerie du club, totalement à sec. En interne, l’opération est jugée impossible sans apport d’argent frais de l’actionnaire, QSI, c’est-à-dire de l’État du Qatar. Le club parisien tente de réduire la facture en payant une partie du prix… en nature. Le 19 août, le PSG propose à Monaco un paiement de 140 millions cash sur quatre ans, dont 10 millions seulement la première année, plus un joueur d’une valeur de 40 millions. Vadim Vasilyev, directeur général de l’AS Monaco. © Reuters Vasilyev est intéressé, et choisit le milieu de terrain allemand Julian Draxler. Le PSG refuse et propose l’international brésilien Lucas Moura. Impossible pour l’ASM, qui a déjà atteint son quota de quatre joueurs non européens. Le 21 août à 21 h 30, Vasilyev lance un ultimatum au directeur sportif du PSG, Antero Henrique : « Il apparaît désormais que la seule solution envisageable » consiste à revenir à 180 millions cash. « Nous vous laissons jusqu'à demain 18 h pour nous formuler cette offre. Ce délai passé, nous considérerons que les négociations sont définitivement closes. » Henrique négocie un délai. Et tente, une nouvelle fois, de refiler Lucas Moura à Monaco. Mais le 27 août, Henrique envoie une nouvelle offre sans joueur à Vasilyev : 30 millions tout de suite pour le prêt d’un an, puis 115 millions en trois fois jusqu’en 2020, et 35 millions de bonus. Le compte est bon. Le PSG a cédé mais met la pression : l’offre n’est valable que jusqu’au soir même à minuit. Le délai ne sera pas tenu car il reste quelques petits détails à régler. Si Kylian Mbappé venait à mourir ou se blessait très gravement pendant l’année de prêt, Monaco ne toucherait rien. L’ASM exige donc que le PSG souscrive à son profit une assurance d’un montant de 180 millions pour parer à cette éventualité. Le 29 août, tout semble enfin prêt. Le mercato ferme dans 48 heures. Quand un problème fiscal menace de tout faire capoter. Les juristes du PSG ont découvert que le prêt de Mbappé est un achat de service à une entreprise étrangère (en l’occurrence monégasque), soumis à un prélèvement à la source de 33,3 %. Sur les 30 millions du prêt, le PSG doit donc payer 10 millions d’impôts, et ne reversera à l’ASM qu’« un montant net de 20 millions », écrit Henrique à Vasilyev. C’est la crise. L’ASM refuse de perdre 10 millions. Les deux clubs se battent à coups d’analyses fiscales pour savoir s’il faut bien payer ou non cet impôt. La situation est surréaliste. Kylian Mbappé est arrivé la veille à Clairefontaine, où il est cloîtré plusieurs jours pour préparer deux matchs de l’équipe de France. Ses parents patientent à Paris dans une chambre d’hôtel louée par le PSG. Ils ne comprennent pas pourquoi les choses traînent. Alimentés par Monaco, ils rejettent la faute sur le PSG, qu’ils soupçonnent de jouer la montre. L’agent Jorge Mendes touche 9 millions pour un travail nébuleux L’ASM débloque la situation le 30 août à 18 h 45. Dans un mail à Henrique, Vasilyev propose un prêt gratuit la première année, 90 millions en juillet 2018 et 55 millions un an plus tard, plus le bonus de 35 millions. Le prêt étant égal à zéro, le fisc français ne touchera rien. C’est ainsi que le deuxième joueur le plus cher de l’histoire du foot a été prêté gratuitement pendant un an. Le 31 août au matin, les contrats sont enfin prêts. Les hommes du PSG filent à Clairefontaine. Le sélectionneur Didier Deschamps a accepté de libérer Kylian Mbappé pendant une demi-heure après le déjeuner. Le jeune attaquant signe peu après 14 heures. Moins de dix heures avant la fermeture du mercato. La trouble commission de l’agent Jorge Mendes Une bonne histoire de transfert ne serait pas complète sans agents. Mais Kylian Mbappé n’en a pas. Il est représenté par ses parents, assistés par l’avocate parisienne Delphine Verheyden. Les deux clubs, on l’a vu, ont négocié en direct. Au soir du 30 août, dans la convention de transfert, le PSG et Monaco « déclarent qu’aucun agent sportif […] n’a participé à la négociation du contrat ». Ils n’apparaissent que le matin du 31 août, le jour de la signature. À 7 h 52, Daniel Bique, directeur juridique de l’ASM, fait modifier la convention pour ajouter les noms de deux agents : l’Italien Roberto Calenda et le super agent portugais Jorge Mendes. On ne présente plus Jorge Mendes, agent de Cristiano Ronaldo et José Mourinho, dont les Football Leaks ont révélé le système d’évasion fiscale qu’il a élaboré pour ses clients. Mendes est dans tous les bons coups à Monaco, dont il a construit l’équipe en 2013. Il est très proche du propriétaire du club, Dmitri Rybolovlev, avec lequel il a mené des transactions troubles dans des paradis fiscaux (lire notre enquête ici). Les règles de la Fifa sont strictes : l’agent doit être mandaté par écrit par le club avant le début des négociations. Pour Mendes, tout a l’air en ordre. Sa convention, datée du 11 juillet, prévoit que l’agent touchera 5 % du transfert de Mbappé s’il est vendu 180 millions. Un avenant daté du 31 août indique que, la mission ayant été accomplie, Mendes touchera comme prévu la bagatelle de 9 millions d’euros, dont 7,25 millions ferme et 1,75 millions lorsque le PSG paiera le bonus de 35 millions. Le super agent Jorge Mendes a touché 9 millions d’euros de Monaco sur le transfert de Mbappé grâce à des contrats antidatés. © Reuters Mais les documents ont été antidatés. Un courriel issu des Football Leaks montre que la convention datée du 11 juillet n’a été signée par Vasilyev que le 8 septembre, et que Mendes ne l’avait alors toujours pas signée. Bref, les règles de la Fifa ont été violées, mais Mendes a l’habitude. Un audit confidentiel de son agence, Gestifute, stipule « qu’ils ne signent généralement aucun contrat » de représentation. « Si ça ne tenait qu'à moi, les contrats Fifa n’existeraient pas », s’est même vanté l’intéressé. A-t-il vraiment travaillé ? Il n’apparaît pas dans les Football Leaks. Dans les nombreux articles de presse parus sur le transfert, on ne trouve guère de trace de son intervention, mis à part une possible discussion le 23 août à Monaco. Ça fait cher la discussion, 9 millions d’euros. Des courriels issus des Football Leaks permettent d’envisager une piste. Le 22 mars, cinq mois avant le transfert, Mendes avait envoyé par mail à Vasilyev, sans le moindre commentaire, trois articles de presse espagnols évoquant l’intérêt brûlant du Real Madrid pour Mbappé. « Le Real va tout faire pour le recruter », écrit le quotidien sportif AS. Le directeur de communication du club, Bruno Skropeta, a remarqué les articles. Il en parle à Vasilyev. « C’est Jorge derrière il est incroyable, répond le directeur général. Est-ce que c’est bien pour nous ou je fais la pression à Jorge pour arrêter tout ça ? » Réponse de Skropeta : « Si vous ne souhaitez pas le vendre cet été c’est mieux de limiter cela. Sinon ça va devenir compliqué même pour le joueur. […]Après s’il faut faire monter les enchères ce n’est pas négatif. » Jorge Mendes a-t-il été payé par Monaco pour faire monter les enchères avec le Real ? A-t-il vraiment travaillé sur le transfert de Mbappé au PSG ? Contacté par l’EIC, l’intéressé n’a pas donné suite. Le cas de Roberto Calenda est encore plus mystérieux. Cet agent italien, résident de Monaco, a travaillé avec l’ASM sur quelques transferts, comme celui du Brésilien Gabriel Boschilia en 2015. On ne trouve sa trace nulle part dans le transfert de Mbappé. L’ASM lui a pourtant versé 2 millions d’euros. L’avenant lui accordant ce pactole est lui aussi antidaté : le document est officiellement du 31 août, mais n’a été signé que le 29 septembre. Contacté, Calenda ne nous a pas répondu. L’AS Monaco n’a pas commenté les contrats antidatés et s’est contenté d’indiquer par écrit que « Jorge Mendes et Roberto Calenda ont travaillé comme agents » sur le transfert de Mbappé. Le jackpot de Rybolovlev L’opération est sans doute la plus rentable de l’histoire du foot. Pour un investissement de 3 millions d’euros en 2016 (la prime de signature de Mbappé), l’ASM va recevoir 180 millions, soit soixante fois sa mise. À ce stade, même les plus roués des traders ne peuvent pas rivaliser. Les documents Football Leaks révèlent que le bénéficiaire de cette manne n’est pas l’AS Monaco, mais son propriétaire : l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev. Depuis la fin 2011, il a injecté la bagatelle de 332 millions d’euros dans le club. Il a passé l’éponge sur la moitié de cette dette, mais compte bien récupérer le solde, soit 149,7 millions d’euros. Grâce à Kylian Mbappé, c’est presque chose faite. Le 17 novembre 2017, le directeur financier du club écrit qu’il est prévu que les versements du PSG concernant l’indemnité de transfert fixe de 145 millions iront presque intégralement dans la poche du propriétaire. L’ASM a prévu « un montant net reversé au président » de 77 millions au 30 juillet 2018, et de 47 millions en juin 2019. Soit un total de 124 millions. Champagne. Source
  5. La Russie perfuse le club de Poutine, l’UEFA ferme les yeux 6 NOVEMBRE 2018 PAR YANN PHILIPPIN ET MICHEL HENRY L’UEFA a couvert les subventions déguisées accordées par son sponsor Gazprom au Zénith Saint-Pétersbourg, le club de Vladimir Poutine. Pour ne pas fâcher l’autocrate russe avant le Mondial 2018, l’UEFA a aussi fermé les yeux sur le dopage financier massif de deux autres clubs russes, via des contrats de sponsoring gonflés à près de dix fois leur valeur réelle. Le 12 novembre 2013, au siège de l’UEFA à Nyon (Suisse), une vingtaine d’hommes sont réunis. Il y a là Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre belge devenu le chef de la chambre d’instruction de l’ICFC (Instance de contrôle financier des clubs), qui les a convoqués, des représentants de la fédération russe et du plus gros club du pays, cher à Poutine : le Zénith Saint-Pétersbourg. En jeu : ses contrats de partenariats. Le Zénith appartient à Gazprom, qui y a injecté 113 millions d'euros en 2012, soit bien au-delà de ce que permet le fair-play financier, mis en place à partir de 2013 pour éviter que de grosses entreprises ou des États faussent la concurrence en finançant des clubs à fonds perdus. De cette discussion, il n’y a pas de transcription. Mais une copie de la présentation du Zénith aux enquêteurs, issue des documents Football Leaks analysés par Mediapart et ses partenaires de l’EIC, livre de précieuses informations. Le Zénith reconnaît que les clubs russes sont massivement subventionnés dans la perspective de la Coupe du monde 2018. Vladimir Poutine et Gianni Infantino © Reuters L’argumentation ? La Russie souhaite améliorer son championnat d’ici là, mais le marché russe ne peut financer cet objectif. Seul l'État est capable d’injecter des sommes massives. La plaidoirie du Zénith ressemble à une menace : si vous imposez le fair-play financier, vous tuez le Zénith et d’autres clubs quatre ans avant le Mondial, et avec eux l’équipe nationale, puisque pas moins de vingt et un joueurs de la sélection évoluent en Russie. Expliquant « pourquoi les contrats de parrainage sont si élevés », une diapositive détaille : « Les clubs russes qui souhaitent participer aux coupes européennes ne sont pas en mesure de générer des revenus comparables (recettes du stade, publicités, droits télé) à ceux du top 5 des championnats européens. La différence est d'au moins 50 millions d'euros. » En conséquence, les propriétaires, en particulier les entreprises d’État comme Gazprom, « ont tendance à couvrir les dépenses » pour surmonter la différence « due à un marché sous-développé » (notre document ci-dessous). Et si ce marché est sous-développé, c’est parce que la population russe « ne gagne qu'un tiers du revenu moyen des grands pays de l'UE ». Conclusion : si les clubs russes doivent se conformer au fair-play financier, cela aura des conséquences désastreuses, dont « la vente des meilleurs joueurs à l'étranger ». Cet exode entraînera une « perte de compétitivité » sur la scène européenne et le début d’une « spirale » infernale, avec « une nouvelle réduction du niveau de revenus ». Menace ultime : le supporteur de foot se détournera vers le hockey sur glace. L’apocalypse. Le message du Zénith est clair : si vous nous sanctionnez, c’est la guerre. La Russie contre l’UEFA. Vladimir Poutine contre Michel Platini, inspirateur du fair-play financier et Gianni Infantino, secrétaire général de l’UEFA de 2009 à 2016. Infantino et Poutine lors de la Coupe du monde en Russie. © Reuters Mais cette guerre des trois n’aura pas lieu. Car comme le démontrent des documents Football Leaks, l’instance européenne replie son drapeau et range ses mousquetons. Elle opte pour une sanction « light », qui revient à accepter le dopage financier de Gazprom. Dans l’accord secret signé en mai 2014 avec la chambre d’investigation, les violations des règles sont soigneusement gommées. Et le Zénith évite l’exclusion des coupes européennes. Les deux clubs moscovites ont bénéficié de la même mansuétude : le FC Lokomotiv et le Dynamo, tous deux subventionnés à coup d’argent public. Les sommes en jeu sont considérables. Selon les calculs de notre partenaire The Black Sea, dans les cinq années ayant suivi l’introduction du fair-play financier en 2013, des entreprises à majorité de capitaux publics ont injecté 1,65 milliard d’euros dans ces trois clubs, à la faveur de contrats gonflés artificiellement. Ces révélations ont de quoi révolter les clubs sanctionnés pour des infractions moins graves. Interrogée par EIC, l’UEFA n’a pas souhaité répondre en raison d’« obligations de confidentialité ». Elle indique simplement qu’en six ans d’application, le fair-play financier représente « un grand succès », puisque « les pertes des clubs européens qui se montaient à 1,7 milliard d’euros se sont transformées en bénéfices de 600 millions d'euros ». L’UEFA, qui s’est déjà couchée face au Qatar et à Abou Dhabi (lire ici et là), n’a pas osé froisser Vladimir Poutine. Cela fait six ans que l’autocrate a entrepris de briller sur la planète foot, avec en apothéose le Mondial 2018 en Russie. Une manière de faire oublier ses nombreuses turpitudes : guerres en Syrie et en Ukraine, annexion de la Crimée, soupçons d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine. La fédération européenne pouvait d’autant moins résister qu’elle est subventionnée par la Russie. En juillet 2012, la richissime entreprise d’État Gazprom, propriétaire du Zénith, est devenue le sponsor de la Ligue des champions de l’UEFA, pour un montant estimé à 40 millions d’euros par an. Le Zénith est surnommé « le club de Poutine ». Celui de la ville où il est né et a grandi, avant d’en devenir le premier adjoint au maire dans les années 1990. Celui qu’il veut voir briller en Europe. Le Zénith appartient à Gazprom, un géant du gaz qui, l’an dernier, a réalisé près de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et qui fournit près de 40 % de la consommation de l'Union européenne. Gazprom est aussi le sponsor officiel de la FIFA Gazprom passe pour le bras armé de l’État russe, à moins que ce ne soit l’inverse, comme ironisait un diplomate, en 2009, cité par le magazine Challenges : « Entre Gazprom et le Kremlin, on ne sait pas très bien qui a le plus besoin de l'autre. Il y a une blague qui circule à Moscou : quand Poutine quittera le gouvernement, il deviendra PDG de Gazprom et Miller ira au Kremlin pour obéir à ses ordres. »Le patron de Gazprom, Alexeï Miller, est un ami de longue date du chef de l’État. Quand Poutine a fait du lobbying pour l’oléoduc « North Stream », qui aboutit en Allemagne, Gazprom est devenu le sponsor principal du club allemand Schalke 04. Lorsqu’il a fallu pousser un autre gazoduc, « South Stream », passant par la Serbie, Gazprom est devenu le partenaire de l’Étoile rouge de Belgrade. Gazprom s’est aussi montré très actif en 2010 pour soutenir la candidature de la Russie au Mondial 2018. Outre son partenariat avec l’UEFA pour la Ligue des champions, le sponsor géant gazier est le sponsor officiel de la FIFA. Le contrat a été signé en 2013 à Sotchi par Joseph Blatter, président aujourd’hui déchu de la FIFA, en présence de Poutine lui-même. Sepp Blatter était encore président de la FIFA lorsque l'accord a été signé avec Gazprom © Reuters Selon les documents Football Leaks, Gazprom, qui a pris le contrôle du Zénith en 2005, a fourni au club 66 % de ses revenus à travers des contrats de sponsorship gonflés artificiellement. Grâce à cet argent, Zénith triple son budget et joue les premiers rôles dans son championnat, gagné trois fois en dix ans, et dans les compétitions européennes – le Zénith a remporté la coupe UEFA en 2008. Il a acheté, en 2012, le Brésilien Hulk pour 60 millions d'euros, plus gros transfert de l’histoire russe à l’époque. L’UEFA pourrait tomber à bras raccourcis sur le Zénith mais elle ne l’a jamais fait. Pourtant, l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), organe a priori indépendant de l’UEFA, a enquêté. En 2013, sa chambre d’investigation réclame les comptes du Zénith, comme de tous les clubs qualifiés pour la Ligue des champions. Le Zénith affiche un déficit conforme aux règles du fair-play financier (24 millions d'euros) et un sponsoring de Gazprom lui aussi dans les clous, à hauteur de 20,8 millions, inclus sous l’appellation « sponsor principal no 1 ». Mais les comptes évoquent un mystérieux « sponsor principal no 2 », non identifié, qui a versé 64,4 millions d'euros. En septembre 2013, le chef de la chambre d’instruction, Jean-Luc Dehaene, réclame au club des détails sur ces contrats. Les documents envoyés par le Zénith dévoilent le visage de ce « sponsor principal no 2 » : c’est Gazprom ! Il s’agit de contrats passés avec huit filiales du géant gazier ou des sociétés proches, dont le fonds de pension de Gazprom (notre document ci-dessous). Plus gros contributeur : Gazprombank, avec 15,1 millions d’euros. Gazprom Germania, la filiale de Gazprom en Allemagne, verse 12,1 millions d'euros. Pourquoi cette entreprise à vocation allemande sponsorise-t-elle un club russe ? Autre sponsor, pour 6,4 millions d’euros : Sibur Holding, un conglomérat de la pétrochimie qui appartenait à Gazprom jusqu’en 2012 avant de passer aux mains de riches hommes d’affaires russes proches du pouvoir, Leonid Mikhelson et Guennadi Timtchenko. Kirill Chamalov, l’ex-gendre de Poutine, en a aussi détenu une partie. Et d’après les Panama Papers, Sibur est une relation d’affaires de Wilbur Ross, le secrétaire au commerce de Donald Trump. Outre ces sociétés liées à Gazprom, on trouve un lot de 54 « petits » sponsors qui apportent 14 millions d'euros. Ils sont prétendument indépendants de Gazprom. Mais l’ombre du géant gazier ressurgit derrière le principal contributeur de ce lot, Metalloinvest Holding (9,5 millions d'euros) : son premier actionnaire, Alicher Ousmanov (qui est également un des gros actionnaires du club londonien d’Arsenal), a dirigé Gazprom Investholding jusqu’à sa démission en 2014. Quand on fait l’addition, le Zénith dépend à 66 % de Gazprom. Il dépasse ainsi le PSG, dépendant du Qatar pour « seulement » 48 % de ses revenus à l’époque. Sans Gazprom, les revenus du Zénith chuteraient à 57 millions d'euros au lieu de 171 millions, et son déficit atteindrait 137 millions d'euros. Ce serait la faillite. Le Zénith ne se démonte pas. Le directeur général du club, Maxim Mitrofanov, estime, sans rire, que Gazprom sous-paie ses contrats. D’autant que, précise le dirigeant, « en 2012, Gazprom a demandé et obtenu des services qui n’étaient pas prévus ». Il fournit une liste des « services », qui montrent comment le club russe a été utilisé, à un point qui serait inimaginable dans les autres clubs européens. Les dirigeants de Gazprom ont ainsi accès, au stade du Zénith, à la « loge du gouvernement ». Les joueurs doivent aller souhaiter bon anniversaire aux dirigeants de Gazprom et regarder des matchs avec eux. Les joueurs doivent aussi passer faire coucou aux « partenaires de Gazprom » dans leurs loges, signer des autographes pour eux, et participer à des « événements fermés » qu’ils organisent. Malgré ces « services » très particuliers, le Zénith anticipe des difficultés. Il commande une évaluation de la valeur des contrats à l’agence Repucom, celle-là même que Gazprom vient de mandater pour mettre en place une réforme de l’attractivité du championnat russe. Choisir un expert aussi peu indépendant est pourtant formellement interdit par le règlement de l’UEFA. Mais la fédération européenne ne moufte pas. Sans surprise, l’évaluation de Repucom valide, à peu de choses près, les chiffres surestimés des contrats de sponsoring avec Gazprom. En février 2014, le Zénith fait tout même un petit geste envers l’UEFA, rectifiant son budget pour « limiter » la contribution de Gazprom à 74 millions d’euros. Mais le club affiche encore un déficit de 92 millions d’euros, deux fois la limite autorisée. Tout se termine comme dans un conte de fées Le 31 mars 2014, le nouveau chef de la chambre d’instruction, Brian Quinn, qui remplace Dehaene malade, ouvre une enquête officielle. Pour se rapprocher de l’équilibre, le Zénith propose à l’UEFA de réévaluer le contrat annuel de Gazprom à 90 millions d'euros jusqu’en 2017. La chambre d’instruction accepte, et décide non seulement de blanchir le club pour la fraude passée, mais d’autoriser qu'elle se poursuive à l’avenir. Au bout du compte, la chambre de l’instruction de l’ICFC a passé l’éponge sur les 245 millions injectés par Gazprom entre 2011 et 2013, et autorisé 360 millions d'euros supplémentaires sur les quatre années suivantes. Bref, l’UEFA a validé le dopage financier à hauteur de 605 millions d'euros sur six ans. Le Zénith promet toutefois de rentrer dans les clous du déficit autorisé en 2016. Le Zénith n’a pas été exclu de la Ligue des champions. Le 8 mai 2014, trois jours après la mort de Dehaene, le Zénith signe un accord amiable avec l’UEFA, avec pour seules sanctions une amende de 6 millions d'euros d’amende et des restrictions sur l’achat de joueurs. Les centaines de millions d’euros de Gazprom ne sont mentionnés nulle part. La bienveillance de l’ICFC se répète quelques mois plus tard avec deux clubs moscovites, dont le FC Lokomotiv. Comme son nom l’indique, le club appartient à 90 % aux Chemins de fer russes, une autre énorme entreprise publique, avec un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards d’euros. Les Chemins de fer russes ont assuré 94 % des revenus de partenariat du Lokomotiv en 2012 et 2013, et 88 % des recettes du club entre 2012 et fin 2017 ! Au Dynamo Moscou, la banque VTB, contrôlée à 60 % par l’État, régale également, assurant 96 % des recettes de partenariat, soit 58 % du budget du club. Le stade du Dynamo © Reuters En octobre 2014, l’ICFC demande des éclaircissements. PwC (PriceWaterhouseCooper), choisi par le Lokomotiv pour évaluer ses contrats, livre un verdict sans appel : la surévaluation atteint près de 100 %. Les 187 millions d'euros de contrats valent en fait 87 millions d'euros. Au Dynamo, c’est pire. Selon l’audit de Repucom, les contrats sont gonflés à près de dix fois leur valeur. Le contrat de 2013 à 84 millions d'euros ? Il ne vaut que 9,1 millions d'euros. Celui de 2012 à 89 millions d'euros ? 9,1 millions d'euros également. Si l’on prend les contrats à leur juste valeur, les déficits atteignent des sommets : 302 millions d'euros sur trois ans au Dynamo. Le club choisit de plaider sa cause devant l’UEFA avec une certaine franchise : il lui faut, sur les six années de 2012 à 2017, 540 millions d'euros de VTB pour survivre – alors que les contrats en question valent dix fois moins. Le nouveau président de la chambre d’instruction, Umberto Lago, n’apprécie guère et passe le dossier à la chambre de jugement qui, le 19 juin 2015, inflige au Dynamo une année de suspension des coupes européennes, ce qui semble clément au vu du dépassement constaté. Le club obtient une faveur supplémentaire : l’ampleur du trou reste confidentielle. Les sommes payées par VTB sont masquées dans le jugement publié. Le Dynamo aurait-il évité l’exclusion en cachant son dopage financier ? Le Lokomotiv opte pour cette tactique. En 2015, l’ICFC l’informe qu’il n’est plus possible de recevoir près de 100 millions d'euros par an des Chemins de fer russes. Un peu plus tard, le club annonce qu’une autre entreprise, Finresurs, apportera 85 millions par an pendant cinq ans. Le Lokomotiv a-t-il trouvé un nouveau sponsor ? Pas vraiment : ce n’est qu’un paravent… des Chemins de fer russes. Car Finresurs appartient au fonds d’investissement Trinfico, qui gère les retraites des Chemins de fer russes. La société a acquis les droits d’image du club et pour Umberto Lago, c’est assez simple : « Finresurs a principalement agi comme intermédiaire entre le club et les Chemins de fer russes. » Le club a juste changé l’emballage, en espérant que l’UEFA avale la couleuvre. L’UEFA couvre encore une fois la fraude. La chambre de l’instruction opte pour un accord amiable avec le Lokomotiv en mai 2015, assorti d’une amende de 1,5 million d'euros et quelques restrictions sur les futurs transferts. Seule contrainte, si en 2016 le déficit persiste, le dossier sera transmis à la chambre de jugement. L’accord n’évoque pas la provenance réelle des fonds de Finresurs. Tout se termine comme dans un conte de fées. En 2017, le Lokomotiv et le Zénith sortent avec un an d’avance du contrôle prévu par l’UEFA. Et le Zénith figure au 23e rang des clubs européens les plus riches, selon une enquête de Deloitte, avec 180 millions d’euros de budget. Contacté par Mediapart, Umberto Lago a expliqué qu’il ne peut évoquer ces enquêtes, étant lié par un « accord de confidentialité signé avec l’UEFA ». Contacté par EIC, VTB a indiqué : « La banque VTB n’est actuellement pas actionnaire du FC Dynamo, ses représentants ne font pas partie des dirigeants du FC Dynamo. Pour le moment, il existe un accord de partenariat entre VTB et le Dynamo Moscou. Nous pensons que ce contrat correspond à la valeur du marché et est à la juste valeur, en accord avec les règlements de l’UEFA. » Les autres entités ou personnes citées dans cet article n’ont pas répondu à nos sollicitations. Source
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  7. Dopage financier: la «bombe atomique» de l’AS Monaco 5 NOVEMBRE 2018 PAR YANN PHILIPPIN ET DONATIEN HUET L’oligarque russe Dmitri Rybolovlev a tenté de dissimuler ses subventions à l’AS Monaco derrière un contrat de marketing fictif et un montage offshore viales îles Vierges britanniques et Hong Kong. Une combine qualifiée en interne de « bombe atomique ». L’UEFA a passé l’éponge. C’est la plus belle remontada de l’histoire de foot français. Lorsque l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev rachète les deux tiers de l’AS Monaco à l’État monégasque en décembre 2011, le club, alors dix-huitième de Ligue 2, est en pleine banqueroute sportive et financière. Deux ans et demi plus tard, l’équipe du Rocher est vice-championne de France de Ligue 1 et qualifiée pour la Ligue des champions. Chapeau l’artiste. Enfin, pas tout à fait. Ancien roi de la potasse en Russie ((un composé du potassium utilisé notamment comme engrais), doté d’une fortune d’au moins 6,8 milliards de dollars, Rybolovlev a eu recours à une arme absolue, déjà éprouvée par son compatriote Roman Abramovich à Chelsea ou par le Qatar au PSG : le dopage financier massif. Suite à sa reprise de l’ASM, l’oligarque y a injecté 326 millions d’euros en deux ans, en violation des règles de l’UEFA. C’est ce que révèlent les documents Football Leaks, obtenus par Der Spiegel et analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau EIC. Depuis 2010, la Fédération européenne de football (UEFA) interdit aux actionnaires de subventionner leurs clubs à fonds perdus. C’est le fair-play financier. Qu’à cela ne tienne, Rybolovlev a trouvé une incroyable combine. En juin 2014, l’ASM a signé un accord avec une agence de marketing sportif, censée lui apporter 140 millions d’euros par an. Sauf que l’argent devait en réalité être fourni en secret par Rybolovlev, via un montage offshore passant par Hong Kong et les îles Vierges britanniques. Les dons de « Rybo » auraient donc été transformés fictivement en revenus de sponsoring, compatibles avec le fair-play financier. Le montage offshore de Dmitri Rybolovlev pour maquiller en revenus de sponsoring ses subventions à l'AS Monaco. © Donatien Huet / Mediapart Sauf que le montage a capoté, pour cause de brouille entre Rybolovlev et Bernard de Roos, le patron d’AIM, l’agence de marketing sportif suisse au cœur du montage. Lors de cette bataille, De Roos a menacé de lancer une « bombe à neutrons », c’est-à-dire de révéler la combine à l’UEFA. Monaco a préféré conclure un accord à l’amiable pour éviter l’explosion. Au bout du compte, le club a frôlé le dépôt de bilan et n’a eu quasiment aucune sanction malgré l’ampleur du déficit et la tentative de fraude. L’UEFA, dirigée à l’époque par Michel Platini et son bras droit Gianni Infantino (l’actuel patron de la FIFA), a préféré signer un accord amiable assorti d’une amende de 2 millions d’euros. C’est cadeau. Alors que la chambre d’instruction de l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC) de l’UEFA avait découvert de nombreux éléments troublants, elle a préféré détourner le regard, au point d’omettre dans sa décision toutes les informations compromettantes pour l’ASM. Il faut dire que le club a mené un lobbying efficace et a su se rapprocher de personnages clés. Après un dîner au restaurant monégasque de Joël Robuchon, le responsable du fair-play financier à l’UEFA a aidé le club à préparer ses auditions devant la chambre d’instruction. Sollicité par Mediapart, Bernard de Roos n’a pas répondu. L’AS Monaco nous a envoyé une réponse écrite (à lire dans l’onglet Prolonger) qui ne dément pas nos informations sur le montage AIM. Le club affirme que sa collaboration avec l’agence suisse visait à « développer les capacités du club »par le truchement de nouveaux contrats marketing. « Le projet proposé par cette société s’étant révélé trop ambitieux et impossible à atteindre, l’AS Monaco a décidé de mettre fin à la collaboration avec l’agence AIM tout en informant les autorités sportives de cette rupture de contrat. » L’histoire commence par une volte-face. À son arrivée sur le Rocher, Rybolovlev dépense sans compter : 326 millions au total, dont la moitié engloutie lors de l’été 2013 pour constituer une équipe de choc pour le retour en Ligue 1. Avec l’aide du « super agent » Jorge Mendes, l’AS Monaco recrute quatre pointures : les Portugais João Moutinho et Ricardo Carvalho et les attaquants colombiens Radamel Falcao et James Rodriguez. Le prince Albert de Monaco et Dmitri Rybolovlev au Stade Louis-II de l'AS Monaco. © Reuters En mai 2014, l’ASM, vice-champion de France, se qualifie pour la Ligue des champions, et devient du même coup assujettie aux règles du fair-play financier. À l’AS Monaco, c’est la panique. Le club prête ou vend la plupart de ses stars, dont James Rodriguez au Real Madrid pour 75 millions d’euros (plus 15 de bonus). Dmitri Rybolovlev change brutalement de modèle. Il n’y aura plus de subventions. L’AS Monaco devra vivre de la vente de joueurs. Ce sera d’ailleurs un énorme succès, avec les cessions astronomiques, saison après saison, de prodiges comme Kylian Mbappé (180 millions d’euros), Benjamin Mendy (57 millions) ou Thomas Lemar (70 millions). Même si ce modèle est aujourd’hui en crise à force d’avoir trop vendu : l’ASM a limogé le mois dernier son entraîneur portugais Leonardo Jardim, remplacé par Thierry Henry, l’ex-attaquant vedette des Bleus champion du monde en 1998. Mais en cet été 2014, Dmitri Rybolovlev ne sait pas si sa stratégie de trading, décidée sous la contrainte du fair-play financier, va fonctionner. C’est la panique. Le club a perdu 170 millions d’euros au cours des trois dernières saisons, quatre fois plus que la limite de 45 millions fixée par l’UEFA. Le club risque la sanction suprême, synonyme de catastrophe : l’exclusion de la Ligue des champions. Afin de respecter le fair-play financier, « nous allons devoir trouver des sponsors pour accroître les revenus et remplacer les contributions de l’actionnaire majoritaire », disait Rybolovlev en 2013 au conseil d’administration de l’ASM. Mais il s’agit d’une mission impossible, vu la population minuscule de la principauté (35 000 habitants dont 9 000 Monégasques), le stade Louis-II à moitié vide et les marques qui boudent le club. Résultat : les ventes de billets et les sponsors n’ont rapporté que 14,4 millions d’euros lors de la saison 2013-14. Un chiffre ridicule pour un club dont le budget est alors de 125 millions par an. L’inspection des comptes par la chambre d’instruction de l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), l’organe « indépendant » créé par l’UEFA pour faire respecter le fair-play financier, ne commencera qu’en juillet 2014. Mais dès le mois de janvier, l’ASM entame une intense campagne de lobbying. À la manœuvre : le directeur général russe Vadim Vasilyev et son conseiller spécial Filips Dhondt, un Belge très introduit à Monaco, qui a facilité le rachat du club. L’objectif : trouver « une solution politique », écrit Dhondt à Vasilyev. Ils veulent rencontrer deux hommes clés : Jean-Luc Dehaene, le président de la chambre d’instruction qui va mener l’enquête ; et Andrea Traverso, responsable du fair-play financier à l’UEFA, qui dépend directement du président Platini et de son bras droit Gianni Infantino. Dehaene et Traverso sont si débordés qu’ils proposent un rendez-vous entre deux avions à l’aéroport de Nice. Mais Vasilyev veut les inviter à Monaco pour « passer du temps ensemble ». « Un dîner en soirée créerait une meilleure relation », abonde Dhondt. La rencontre est annulée. Une société-écran aux îles Vierges pour masquer Rybolovlev L’AS Monaco obtient encore mieux. Le 13 mars 2014, Dmitri Rybolovlev décroche un rendez-vous au sommet au siège de l’UEFA à Nyon avec Michel Platini et Gianni Infantino. « Andrea Traverso sera également disponible », précise l’assistante de Rybolovlev. Ce dernier en profite pour se rendre dans la foulée en hélicoptère dans son chalet suisse de Gstaad. Dmitri Rybolovlev, président et actionnaire à 66 % de l'AS Monaco. © Reuters Le directeur marketing de l’AS Monaco se charge de briefer son président. L’objectif est de « construire une relation plus proche et plus personnelle avec Michel Platini, [qui est] le grand promoteur » du fair-play financier, écrit-il à Rybolovlev. Le président doit insister sur le projet du club et « évidemment ne pas donner la moindre indication » sur le fait que l’ASM a violé les règles. Enfin, Rybolovlev est invité, « seulement si c’est approprié et pour montrer que notre président est bien informé », à faire remarquer à Michel Platini que son fils travaille pour l’actionnaire qatari du PSG, « ce qui est évidemment proche du conflit d’intérêts ». Le club nous a répondu que Rybolovlev n’a pas suivi ce conseil « inapproprié ». Mais le lobbying ne suffit pas. Il faut de l’argent. En mai 2014, Rybolovlev et ses troupes élaborent une incroyable combine : un faux accord marketing financé en secret par l’oligarque, qui doit apporter à l’AS Monaco la somme colossale de 1,4 milliard d’euros. Bernard de Roos, propriétaire et patron de l'agence suisse AIM. © LinkedIn de Bernard de Roos Le club du Rocher a besoin d’un complice crédible. Il l’est. Bernard de Roos, 61 ans, Néerlandais installé en Suisse, est une pointure internationale du sport business. Médaillé d’or de voile aux Jeux olympiques de 1984 puis directeur du comité olympique néerlandais, il a cofondé l’agence de marketing sportif T.E.A.M., où il a conseillé l’UEFA et inventé le concept de l’actuelle Ligue des champions. En 2005, il claque la porte et crée à Lucerne sa propre agence, AIM Sport Marketing. Il s’illustre à nouveau en aidant un câblo-opérateur à remporter les droits télé du foot allemand pour 800 millions d’euros, record absolu à l’époque. En juin 2014, l’AS Monaco signe un partenariat inédit avec AIM (notre document ci-dessous). L’agence prend en main le marketing et le sponsoring du club, avec pour objectif de doper les revenus. Le club embauche quatre salariés d’AIM (dont son nouveau directeur marketing Henri van der Aat) et lui loue pour 350 000 euros par an un système de panneaux publicitaires dernier cri pour équiper le stade Louis-II. Le contrat entre l'AS Monaco et la société de Hong Kong AIM Digital Imaging, contrôlée par Bernard de Roos © EIC En échange, AIM va garantir 140 millions de revenu annuel à l’AS Monaco pendant dix ans. Un montant absolument délirant. C’est davantage que les dépenses annuelles du club à l’époque (125 millions), et cinq fois plus que les plus gros accords de sponsoring signés par le Real Madrid ou le FC Barcelone. Le système est le suivant. Chaque année, le club fait les comptes de ses recettes, hors droits télévisés français : revenus du stade, sponsors, droits de la Ligue des champions, etc. Si le total est inférieur à 140 millions, AIM doit payer la différence de sa poche. Le problème, c’est qu’à l’époque, les ventes de billets et les sponsors ne rapportent que… 14,4 millions d’euros ! AIM doit donc payer 125,6 millions. « Le projet n’a aucun sens économiquement », s’inquiète le 12 mai Tetiana Bersheda, l’avocate de Rybolovlev et administratrice de l’AS Monaco, dans un mail à Vadim Vasilyev et à plusieurs dirigeants du club. Elle redoute les « sanctions potentielles si ce montage est révélé » à l’UEFA. Le contrat est d’autant plus absurde qu’il est rétroactif : AIM doit payer pour la saison 2013-14, qui est sur le point de s’achever. Officiellement, c’est parce que la coopération a commencé de façon informelle un an plus tôt. Bersheda s’en inquiète auprès de Rigmora, le family office de Rybolovlev. « Vous voulez un contrat rétroactif ? Il est difficile de dire [qu’il a été] conclu oralement par le passé. Confirmez s’il vous plaît. » « Oui », répond l’un des collaborateurs de l’oligarque. Autre incongruité : le contrat n’est pas signé avec l’agence suisse AIM, mais avec une société offshore immatriculée à Hong Kong, AIM Digital Imaging, contrôlée personnellement par Bernard de Roos. « L’entreprise ne doit PAS être basée en Suisse à cause des risques liés au divorce [de Rybolovlev] », a insisté Tetiana Bersheda. Deux mois plus tôt, son ex-épouse avait obtenu en Suisse un jugement très favorable (annulé par la suite en appel) lui accordant la moitié de la fortune de l’oligarque. Y compris les actifs logés dans ses trusts à Chypre, dont Rybolovlev prétendait qu’ils ne lui appartenaient pas. Comme l’argent issu de ces mêmes trusts devait financer à travers AIM un club de foot dont il est de notoriété publique qu’il appartient à l’oligarque, mieux valait en effet éviter que les fonds transitent par la Suisse. Va donc pour Hong Kong ! Dernière combine : le contrat, daté du 6 juin, a été antidaté. Il a en réalité été signé entre les 16 et 20. Juste à temps pour pouvoir intégrer l’argent d’AIM dans les comptes clos le 30 juin, que l’AS Monaco envoie dans la foulée à l’UEFA. Résultat : le club affiche un profit de 11 millions d’euros au lieu d’une perte de 116 millions. Le deal est si atypique qu’un nouvel effort de lobbying s’impose. Ça tombe bien : comme chaque année, l’UEFA organise les 26 et 27 août à Monaco son grand séminaire annuel de début de saison, avec match amical, conférences, cocktails, et le traditionnel barbecue. L’AS Monaco a mis les petits plats dans les grands pour Andrea Traverso, responsable du fair-play financier à l’UEFA. En marge du séminaire, le club lui a un offert un dîner au restaurant étoilé de Joël Robuchon à l’hôtel Metropole, pour une discussion « informelle » avec Vadim Vasilyev et Bernard de Roos. Andrea Traverso, responsable du fair-play financier à l'UEFA. © D.R. Andrea Traverso est visiblement ravi. Le 27 octobre, il se déplace tout spécialement sur le Rocher… pour aider en secret le club à préparer son audition devant la chambre d’instruction de l’UEFA, en charge de l’enquête sur l’AS Monaco. « Aucun document ne lui sera remis. […] Recevez ses conseils et commentaires », écrit Dhondt à Vasilyev. La chambre d’instruction a des doutes sur le contrat AIM. Elle a ouvert une enquête. Et l’ASM a un gros problème. Le premier versement de 9 millions, qui devait arriver le 3 octobre, n’a pas été payé. Et pour cause, Bernard de Roos n’a pas l’argent. La dernière brique du montage n’a été finalisée que le 31 octobre, à travers un « accord d’investissement » ultra confidentiel (notre document ci-dessous). City Concept Ventures (CCV), une société-écran immatriculée aux îles Vierges britanniques, s’engage à « investir » 140 millions d’euros par an pendant dix ans dans AIM Digital Imaging. Soit exactement ce que la société doit payer à l’AS Monaco. Le contrat prévoit que CCV versera une commission de 2,2 millions par an à la société de Bernard de Roos. Le prix de sa participation au montage. Le contrat secret entre AIM la société société offshore aux îles Vierges contrôlée par Dmitri Rybolovlev, président de l'AS Monaco © EIC Car City Concept Ventures est un faux nez de Dmitri Rybolovlev. Le contrat indique que la société est gérée par le cabinet d’avocats Neocleous, qui gère les trusts de l’oligarque à Chypre. Plusieurs mails internes à l’ASM confirment qu’il s’agit d’un « accord entre AIM et Rigmora », le family office de Rybolovlev. Ce contrat débloque subitement la situation. Le 3 novembre, Bernard de Roos demande à Vadim Vasilyev de lui envoyer « aujourd’hui les coordonnées bancaires de l’AS Monaco pour préparer les transactions ». « S’il n’y a pas de négociation bientôt, je vais lancer une bombe à neutrons » C’est donc le cœur léger que les dirigeants se rendent, le 7 novembre, à l’audition devant la chambre d’instruction. L’AS Monaco n’hésite pas à mentir pour vanter son nouveau partenariat : le club affirme que la moitié des 140 millions garantis par AIM correspondent à des recettes réelles (notre document ci-dessous). En réalité, c’est moins de 10 %. Extrait de la présentation de l'AS Monaco à la chambre d'instruction de l'ICFC, l'instance de l'UEFA en charge du fair-play financier © EIC Mais trois jours plus tard, c’est la catastrophe. Bernard de Roos écrit à Vasilyev qu’il ne paiera pas un sou si le club n’accepte pas de réviser le contrat. Officiellement, le patron d’AIM reproche au club le départ de ses meilleurs joueurs au cours de l’été, ce qui a « réduit la valeur de la marque ASM et complique la réalisation des objectifs [de recettes] d’AIM ». Il accuse aussi l’AS Monaco de lui avoir menti sur le montant de ses recettes de sponsoring. Notre enquête suggère qu’il y a une autre raison : Bernard de Roos n’a pas payé parce que Dmitri Rybolovlev ne lui a pas versé les 140 millions via les îles Vierges. Selon un proche du club, ce serait dû à une embrouille entre Rybolovlev et le prince Albert de Monaco au sujet d’affaires monégasques sans rapport avec le club. L’oligarque était tellement furieux qu’il aurait décidé, pour se venger du prince, de ne plus verser un centime de plus à l’AS Monaco. Les documents Football Leaks confirment en tout cas que Rybolovlev a fermé les vannes, alors que le club est pourtant aux abois à cause du retrait d’AIM. Sans apport d’argent frais, le club sera même en dépôt de bilan d’ici quelques mois ! Le club envisage de « vendre les factures de l’UEFA », c’est-à-dire d’emprunter de l’argent gagé sur les paiements qui arriveront en fin de saison pour la participation du club à la Ligue des champions. Étant donné que « la trésorerie est [officiellement] très positive », cela doit rester discret « afin de ne pas attirer les soupçons de l’UEFA », écrit le directeur général adjoint du club à Vasilyev. Le club choisit finalement de souscrire des emprunts gagés sur les deux échéances de 25 millions que le Real Madrid doit verser en 2015 et 2016 pour finir de payer l’attaquant James Rodriguez. Mais la banque australienne McQuarie a elle aussi des doutes sur le contrat AIM : elle refuse de prêter tant que l’agence de De Roos n’a pas commencé à payer. L’ASM n’a plus le choix : il faut avouer que l’argent d’AIM n’arrivera pas. Les 125 millions sont intégralement dépréciés, et compensés comptablement (c’est-à-dire sans apport d’argent) par un abandon d’une partie de la dette du club envers son actionnaire Dmitri Rybolovlev. Il faut éviter à tout prix que la vraie nature du contrat soit découverte. Le 26 novembre, le directeur général adjoint Nicolas Holveck envoie à Vasilyev les éléments de langage à présenter aux instances. À la DNCG, le gendarme financier du foot français, l’ASM explique que la vente des échéances de James Rodriguez et une injection de cash de 6 millions permettra d’éviter la banqueroute. « Ça devrait être suffisant pour que la DNCG ne demande pas de nouveaux documents », espère Holveck. Le 8 décembre, Vasilyev et son conseiller Filips Dhondt s’envolent pour le siège suisse de l’UEFA. Curieusement, ils n’ont pas rendez-vous avec la chambre d’instruction « indépendante », normalement seule habilitée à gérer le dossier. L’ASM a choisi de passer par le responsable du fair-play financier Andrea Traverso, l’homme du dîner chez Robuchon. L’ASM explique que le problème avec AIM est lié aux ventes de joueurs de l’été et au retard du projet de rénovation du stade, mais que des discussions sont toujours en cours. Bref, le club suggère que le contrat peut encore être sauvé. Vadim Vasilyev, directeur général de l'AS Monaco. © Reuters Mais la chambre d’instruction poursuit son enquête. Elle mandate le cabinet Deloitte, dont les auditeurs débarquent au siège du club fin janvier 2015. Leur rapport est accablant. Ils pointent les anomalies de l’accord AIM, dont son effet rétroactif. Mis à part le contrat, l’ASM a refusé de donner la moindre « documentation supplémentaire ». Le club n’a fourni « aucun élément indiquant qu’AIM honorera » les paiements un jour. Malgré cela, l’ASM a indiqué dans ses comptes prévisionnels qu’AIM lui verserait 49 millions en 2014/2015 ! Le club a aussi déprécié les 125 millions de la saison précédente de façon incorrecte, afin que cela ne change rien aux calculs du fair-play financier. Attaqué sur ces deux points par les limiers de Deloitte, le club a immédiatement accepté de corriger. Au bout du compte, le club a donc envoyé trois versions différentes de ses comptes à l’UEFA… En dépit des soupçons des auditeurs, la chambre d’instruction a choisi de fermer les yeux. Aucune investigation supplémentaire n’a été menée. Bernard de Roos n’a même pas été auditionné. Dans le rapport final du président de la chambre, Umberto Lago, il n’y a pas un mot sur les déboires du club avec AIM. Plus troublant encore : seule la dernière version des comptes de l’ASM figure dans le dossier d’instruction. Le rapport final conclut tout de même que le club est en déficit de 167 millions d’euros sur deux ans, plus de trois fois la limite autorisée. L’ASM risque l’exclusion temporaire de la Ligue des champions. C’est qui est arrivé à d’autres clubs (Malaga, l’Étoile rouge de Belgrade) pour des fraudes d’un montant inférieur. Mais le 13 mars 2015, la chambre d’instruction choisit de passer l’éponge, au motif que l’ASM a promis d’arrêter les subventions au profit d’un modèle basé sur la vente de joueurs. La chambre propose un accord amiable particulièrement clément : seulement 2 millions d’euros d’amende (contre 20 millions pour le PSG), et une limitation du nombre de joueurs et du montant des transferts pendant un an. © Donatien Huet / Mediapart Le soir même, Andrea Traverso, l’ami du club à l’UEFA, appelle Filips Dhondt pour lui annoncer la bonne nouvelle. « C’est un accord très favorable comparé à ceux conclus avec d’autres clubs. Très, très loin de celui du PSG l’an dernier », indique le responsable du fair-play financier. Mais le dossier AIM menace de tout faire capoter. En représailles au refus de Bernard de Roos d’honorer le contrat, l’AS Monaco a viré le directeur marketing issu d’AIM, cessé de payer depuis des mois les salaires des autres collaborateurs d’AIM qui travaillent pour le club, et n’a pas honoré la facture des panneaux publicitaires installés au stade Louis-II. Il y en a pour 554 000 euros, dont de Roos exige le règlement. L’ASM a aussi porté plainte devant une cour d’arbitrage pour exiger qu’AIM paie les 125 millions prévus dans le contrat. De Roos et les dirigeants du club ne se parlent plus que par avocats interposés. Le 22 avril 2015, l’ASM affronte la Juventus de Turin au stade Louis-II en quarts de finale de la Ligue des champions. Bernard de Roos en profite pour aborder Filips Dhondt, le conseiller spécial de Vasilyev. Il lui dit avoir « reçu deux courriers de l’UEFA auxquels [il] n’entend pas répondre pour l’instant ». Et lâche cette menace : « S’il n’y a pas de négociation bientôt, je vais lancer une bombe à neutrons. […] Ils doivent cesser de jouer à ces jeux de pouvoir. Je serai raisonnable. Merci de passer ce message à Vadim. » Le coup de pression de De Roos tombe au pire moment. Le lendemain, l’UEFA envoie au club la version finale de l’accord amiable. Il ne reste plus qu’à signer. Si de Roos dit aux enquêteurs que le montage AIM a été conçu pour masquer les subventions de Rybolovlev au club, le deal avec l’UEFA est mort. Mais le 4 mai 2015, l’accord est paraphé. « C’est une excellente nouvelle, ça veut dire que la “bombe nucléaire” mentionnée par AIM a été désarmée », se félicite l’avocat suisse du club. Il faut dire que l’ASM a cédé sur tout. Le 15 juillet 2015, le club retire sa plainte, renonce aux 125 millions d’euros, et verse 500 000 euros à AIM pour honorer les factures impayées. Le secret est bien gardé. Sans les documents Football Leaks, il n’aurait jamais été révélé. L’AS Monaco est passée à deux doigts du désastre. Mais le club y a gagné une relation de poids : Andrea Traverso, le responsable du fair-play financier à l’UEFA, celui qui a aidé le club à préparer ses auditions. Le 10 juin 2015, il accepte de donner quelques petites infos à Filips Dhondt sur la réforme du fair-play financier en cours de discussion par le comité exécutif de l’UEFA. Traverso a manifestement pris goût aux agapes chez Robuchon. À la mi-août, alors que l’enquête sur l’ASM est close depuis trois mois, il insiste pour déjeuner avec Vadim Vasilyev deux semaines plus tard, en marge du séminaire annuel de l’UEFA à Monaco, pour discuter de la « stratégie » du club en matière de fair-play financier. Vasilyev accepte, bien sûr. Rien ne vaut un repas étoilé pour entretenir l’amitié. Sollicités par l’EIC, Andrea Traverso et les membres de la chambre d’instruction ont refusé de nous répondre. Idem pour Michel Platini et Gianni Infantino, qui étaient respectivement président et secrétaire général de l’UEFA à l’époque. La fédération européenne s’est contentée d’une réponse écrite, dans laquelle elle précise que « l’objectif du fair-play financier est d’aider les clubs à atteindre une situation financière soutenable, et de ne les sanctionner qu’en dernier ressort ». L’UEFA indique qu’il est normal de proposer des accords amiables aux clubs qui acceptent de mettre en œuvre un plan de retour à l’équilibre financier. Source
  8. slt be_free je pense que ce genre de personnage la honte ,la culpabilité, l'honnêteté ils en ont rien à foutre ,la cupidité et la soif de pouvoir est leur moteur.Il vivent pas dans le même monde que nous ces gens,Ils pissent sur toutes les valeurs et les règles qu'eux même ont instauré comme le respect par exemple ILS NE RESPECTENT RIEN ET PERSONNE mais leur pouvoir et leur argent achètent malheureusement tout . Voila le monde dans lequel nous vivons.
  9. re, le message dont tu parles à été supprimé par toi meme les autres post que toi et le membre que tu nommes ont été masqué par les admins pour les raisons dites plus haut ,maintenant si tu as un soucis avec un membres inutile de poluer un post , soit tu nous le signale et ont agit en consequence ,soit tu le mp vous échangez vos mail skype ou ce que vous voulez et vous réglez ça entre vous . Merci ne plus répondre ICI ,vient en mp si c'est pas clair pour toi .
  10. slt sache que moi ça me fait pas rire ,toi aussi tu vas t'y mettre , ça nous derange pas mais ça sert à rien de poster des messages hors sujet ,on nettoie le post pour qu'il reste claire et non spammer ,donc merci de ne plus intervenir sur sur ce post à part si ça concerne le sujet Tout autre message hs sera supprimé .
  11. Nicolas Sarkozy et le cadeau à Manchester City 2 NOVEMBRE 2018 PAR YANN PHILIPPIN Malgré un dopage financier record de la part de son actionnaire d’Abou Dhabi, le club britannique n’a été que très légèrement sanctionné par l’UEFA, grâce à la mansuétude de son ex-secrétaire général, Gianni Infantino, avec l’aide d’un conseiller spécial nommé Nicolas Sarkozy. Il est minuit, ce 2 mai 2014. Gianni Infantino, secrétaire général de l’UEFA, envoie un courriel à Khaldoon Al Mubarak, président du club anglais de Manchester City. « Désolé de vous écrire aussi tard un vendredi soir », s’excuse-t-il presque. « Je vous remercie pour votre confiance. Vous savez que vous pouvez aussi me faire confiance », ajoute le numéro 2 de la fédération européenne de football. L’obséquiosité de Gianni Infantino a de quoi surprendre. Le jour même, une enquête interne a conclu que le cheikh Mansour d'Abou Dhabi, propriétaire de Manchester City, a massivement subventionné son club, en violation des règles du fair-play financier établies par l’UEFA. Les Citizens risquent l’exclusion de la Ligue des champions. Mais Gianni Infantino a décidé de passer l’éponge. Cette nuit-là, il envoie à Khaldoon Al Mubarak un projet d’accord amiable très favorable au club, qui figure en pièce jointe du courriel. « Bien sûr, tout cela doit rester entre nous trois », précise-t-il. Car Infantino adresse cet e-mail à un troisième homme : Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy est un proche des familles royales du Qatar et d'Abou Dhabi © EIC On savait que l’ancien président de la République est un fervent supporter du PSG, un habitué du Parc des Princes et un grand ami du Qatar. Lors d’un déjeuner désormais célèbre organisé le 23 novembre 2010 à l’Élysée avec l’actuel émir du Qatar et le président de l’UEFA, Michel Platini, Sarkozy avait d’ailleurs incité ce dernier à voter en faveur de l’émirat pour l’organisation de la Coupe du monde 2022, et tenté de lever ses réticences concernant le rachat du PSG par le Qatar. Ce qu'on ignorait, c'est que Nicolas Sarkozy avait aussi aidé, dans le plus grand secret, son rival, voisin et ennemi d’Abou Dhabi, afin qu’il échappe aux foudres de l’UEFA. C’est ce que révèlent les documents Football Leaks, obtenus par Der Spiegel et analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau European Investigative Collaborations (EIC). Entre le Qatar et Abou Dhabi, la rivalité sportive est doublée d’une crise politique. Les relations entre les deux pays sont très mauvaises depuis longtemps. Ils sont à couteaux tirés depuis juin 2017, lorsque Abou Dhabi s’est joint au blocus du Qatar par l’Arabie saoudite. Nicolas Sarkozy réussit l’exploit d’entretenir des relations cordiales avec les familles régnantes des deux émirats. En 2009, le chef de l’État avait créé une base militaire permanente française à Abou Dhabi. Après sa défaite électorale de 2012, il a tenté de lancer un fonds d’investissement, avant d’y renoncer (lire ici). En février 2013, il s’était rendu à Abou Dhabi pour lever de l’argent auprès du patron du fonds souverain émirati Mubadala, Khaldoon Al Mubarak, par ailleurs président de Manchester City. Lequel s’était dit, dans un courriel, « très impatient » de financer le fonds de Sarkozy. Un an plus tard, le même Khaldoon Al Mubarak a donc sollicité l’assistance de Nicolas Sarkozy au sujet de la procédure engagée contre Manchester City par l’UEFA, alors présidée par Michel Platini. Les documents Football Leaks n’en disent pas plus. Mais l’intervention de l’ancien président de la République, qui n’est expert ni en foot ni en finance, pose question. A-t-il été recruté pour sa capacité d’influence ? A-t-il été rémunéré ? Sarkozy est-il intervenu en faveur d’Abou Dhabi auprès de Platini ? Khaldoon Al Mubarak, président de Manchester City et patron de Mubadala, principal fonds souverain d'Abou Dhabi. © Reuters Aucun des deux hommes n’a accepté de répondre à nos questions. L’attachée de presse de Nicolas Sarkozy nous a simplement fait parvenir cette unique phrase, d’une délicieuse ambiguïté : « En sa qualité d’avocat, Nicolas Sarkozy n’a eu aucune activité de conseil auprès des personnes que vous mentionnez. » Relancée, elle n’a pas donné suite. Après tout, Nicolas Sarkozy a parfaitement le droit de prodiguer ses conseils, en tant qu’avocat ou en tant qu’ancien président de la République. Mais l’affaire est embarrassante. Manchester City est le plus gros cas de dopage financier de l’histoire du foot. Les documents Football Leaks montrent qu’Abou Dhabi a apporté la somme hallucinante de 2,7 milliards d’euros au club en sept ans, grâce à son actionnaire et à des contrats de sponsoring surévalués. C’est davantage encore que le 1,8 milliard injecté par le Qatar dans le PSG (lire notre enquête ici). Sauf que cette pratique est interdite depuis 2010 par les règles du « fair-play financier », introduites par Michel Platini pour empêcher les émirs et autres oligarques de fausser le jeu en subventionnant leurs clubs à fonds perdus. Jusqu’en 2014, les clubs avaient l’interdiction d’afficher des pertes supérieures à 45 millions sur trois ans – c’est 30 millions au maximum aujourd’hui. Mais le secrétaire général de l’UEFA, devenu en 2016 le président de la FIFA (la fédération mondiale de football), a couvert la fraude. Les documents Football Leaks montrent que Gianni lnfantino a négocié directement un accord avec Manchester City, en court-circuitant la chambre d’instruction de l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), l’organe d’enquête interne théoriquement « indépendant ». « Quoi qu’il arrive, on ne respecte pas les règles » Le cheikh Mansour bin Zayed al Nahyan n’est pas le genre d’homme à se laisser dicter sa conduite. Demi-frère du souverain d’Abou Dhabi, vice-premier ministre et richissime homme d’affaires, il veut faire briller l’émirat sur la planète football. Depuis son rachat de Manchester City en 2008, il a dépensé sans compter pour s’offrir des joueurs stars, et a remporté son premier championnat d’Angleterre en 2012. Le cheikh Mansour bin Zayed al Nahyan, demi-frère du souverain d’Abou Dhabi, a racheté Manchester City en 2008. © Reuters Dès le mois de mai 2013, Manchester City savait que le fair-play financier allait poser de gros problèmes. Le club a déjà perdu 451 millions d'euros entre 2009 et 2011. « Quoi qu’il arrive, on ne respecte pas » les règles, se lamente le directeur financier, Andrew Widdowson. Début 2014, la chambre d’instruction de l’ICFC mandate le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) pour éplucher les comptes. Les auditeurs découvrent que le club a tenté de dissimuler 35 millions de dépenses en les planquant dans des sociétés satellites. Pris la main dans le sac, Manchester City ne se démonte pas. Sa stratégie : la menace juridique à outrance. Chaque attaque de l’UEFA doit être suivie d’une contre-attaque plus agressive encore. « Le rapport de PwC est complètement biaisé et contient de nombreuses erreurs », réplique le club. Ses conseils exigent que PwC efface des sections entières de son rapport. La firme refuse, ce qui fait enrager les Citizens. À la mi-mars 2014, dans un mémorandum interne, les conseils du club indiquent que si un « accord raisonnable »n'était pas trouvé avec la chambre d’instruction, Manchester City « n'aurait d'autre choix que de se battre contre l’UEFA sur tous les fronts juridiques possibles ». Le club n’est prêt à subir qu’un « avertissement », sans aucune sanction. Mais les preuves du dopage financier s’accumulent. Manchester City est généreusement sponsorisé, à hauteur de 140 millions par an, par quatre entreprises d’Abou Dhabi. Dont 78 millions pour la seule compagnie aérienne Etihad, dirigée par le frère du cheikh Mansour. En avril 2014, l’agence de marketing sportif Octagon, qui venait d’évaluer les contrats douteux du PSG avec le Qatar (lire notre enquête ici), effectue le même travail pour Manchester City. Verdict : la valeur réelle des deals avec les entreprises d’Abou Dhabi est divisée par deux, à 70 millions d’euros (notre document ci-dessous). Les valeurs réelles des contrats de sponsoring de Manchester City avec ses sponsors d'Abou Dhabi, évalués en 2014 par l'agence Octagon. © EIC Mais la chambre d'instruction de l’ICFC fait un beau cadeau à Manchester City. Seuls les deux plus petits contrats sont dévalués. Au final, le club ne perd que 23 millions d’euros par an, soit 20 % d’argent en moins. Malgré cela, le résultat de l’enquête reste catastrophique. Manchester City a perdu 233 millions d’euros sur la période 2011-2013, cinq fois plus que la limite autorisée. Le 2 mai 2014, le président de la chambre d’instruction recommande des sanctions qui vont jusqu’à l’exclusion de la Ligue des champions, à moins qu’un accord ne soit trouvé. Depuis plusieurs semaines toutefois, Gianni Infantino manœuvrait pour négocier une solution accommodante, dans le dos de la chambre d’instruction. Début avril 2014, il s’est entendu avec le directeur général du club, Ferran Soriano, sur le principe d’une réunion entre avocats. Le conseil de l’UEFA a proposé à celui de Manchester City de faire une proposition amiable. Comme si un procureur proposait à un délinquant de fixer lui-même sa peine. Ferran Soriano (à droite), directeur général de Manchester City © Reuters Le 15 avril, Soriano informe son président qu’une nouvelle réunion entre avocats est prévue le lendemain : « J’ai eu un très bon coup de fil avec Gianni, et on s’est mis d’accord sur la façon de briefer les avocats. » La consigne : « Négocier un accord qui est plus qu’un avertissement et peut apparaître comme dissuasif, mais qui n’affecte pas fondamentalement le business de Manchester City. » En clair, le cheikh Mansour va pouvoir continuer à flamber, mais l’UEFA doit sauver la face. C’est raccord avec la stratégie du club : « Appliquer le plus de pression possible, mais en laissant toujours une porte de sortie à l'UEFA. » Mais le cheikh refuse catégoriquement de payer l’amende de 60 millions proposée par l’UEFA. « Khaldoon a dit qu'il préférerait donner 30 millions d'euros aux cinquante meilleurs avocats du monde pour les poursuivre en justice pendant dix ans », raconte un cadre du club. Arrive la journée cruciale du 2 mai 2014. La chambre d'instruction doit valider neuf accords amiables, dont ceux du PSG et de Manchester City. Pour l’UEFA, l’enjeu politique est énorme : en annonçant le même jour des sanctions contre neuf clubs, aussi légères soient-elles, la fédération européenne espère démontrer qu’elle n’a pas peur de sévir et que le fair-play financier fonctionne. Mais elle doit remballer son communiqué de presse. Au soir du 2 mai, tous les clubs ont accepté de signer les accords, sauf un. Manchester City. « L’un est tombé, il en reste six. » D’où le mail contrit envoyé à minuit par Gianni Infantino à Khaldoon Al Mubarak, adressé en copie à Nicolas Sarkozy, par l’intermédiaire de sa conseillère diplomatique Consuelo Remmert. Le secrétaire général de l’UEFA y a joint une version adoucie de l’accord, avec un beau cadeau à l’intérieur : 20 millions d’amende ferme au lieu de 60. Les 40 millions restants ne seront dus que si le club ne revient pas à l’équilibre financier à l’avenir. Infantino et Platini ont tous les deux cherché à éteindre les incendies. Coûte que coûte. © Reuters « Vous verrez que j’ai parfois choisi des expressions qui ont l’air plus fortes » que la réalité des sanctions, prévient Infantino. « S’il vous plaît, lisez le document dans cet esprit. » Et de conclure par cette supplique à Sarkozy et au président de Manchester City : « Soyons positifs ! » Le 8 mai, Al Mubarak et Soriano rencontrent Infantino en secret à Londres, pour qu’il les aide à préparer leur audition du lendemain devant la chambre d’instruction. Mais cette fois, l’instance « indépendante » se rebiffe et refuse de valider le nouvel accord. Pour les hommes d’Abou Dhabi, c’est une humiliation. Le secrétaire général du club, Simon Cliff, envisage de noyer l’UEFA sous les procès. Il veut poursuivre Platini et Infantino en Suisse pour abus de pouvoir et conflit d’intérêts. Il envisage aussi une procédure contre la firme d’audit PwC, qui pourrait « détruire l’entreprise tout entière en quelques semaines ». Un nouveau problème est à deux doigts de tout faire capoter. Le fait que l’amende ferme de Manchester City a été réduite a fuité dans la presse. Le PSG est furieux. Entre le Qatar et Abou Dhabi, la rivalité est autant géopolitique que sportive. Le patron du club parisien, Nasser Al-Khelaïfi, est bien décidé à laver l’affront. « Manchester City ne peut pas avoir un meilleur deal que le nôtre », enrage-t-il. Son directeur général adjoint, Jean-Claude Blanc, se plaint directement à Michel Platini. Le président de l’UEFA doit jouer les pompiers volants pour calmer cette guerre des ego. Il s’en sort avec une manœuvre pour le moins culottée. Platini jure au PSG que leur amende sera alignée sur celle du rival d’Abou Dhabi. Le 14 mai 2014, lors de la finale de la Ligue Europa à Turin, il promet exactement l’inverse à l’ancien milieu de terrain des Bleus Patrick Vieira, devenu entraîneur de l’équipe réserve de Manchester City. « Dis à tes propriétaires d’Abou Dhabi qu’ils doivent me faire confiance. On comprend et on aime ce qu’ils font pour le club, et leur amende sera bien moins importante que celle du PSG », aurait dit Platini à Vieira, selon un mail interne du club. Ce discours a amadoué les dirigeants de Manchester City. Mais Platini n’a pas tenu parole. Le 16 mai, quelques heures avant la signature de l’accord, le PSG obtient lui aussi une réduction de son amende ferme de 60 à 20 millions d’euros. Finalement, les deux clubs ont eu le même traitement, très accommodant : outre l’amende, d’un montant ridicule vu la richesse des deux émirats, ils doivent limiter leur masse salariale et leurs transferts pendant deux ans. Dans un mail aux cadres de Manchester City, le directeur général Ferran Soriano écrit que l’accord « ne [les] affecte pas matériellement ». Kevin De Bruyne, milieu offensif de Manchester City et star de l’équipe nationale belge. © Reuters En effet : depuis cet accord de 2014, le club a dépensé plusieurs centaines de millions d’euros pour s’offrir des joueurs, comme la star belge Kevin De Bruyne (75 millions d’euros), l’ancien monégasque Benjamin Mendy (57 millions) ou le défenseur français Aymeric Laporte (65 millions). Les Citizens ont gagné sur toute la ligne. Le 11 mai 2014, Manchester City a remporté son deuxième titre de champion d’Angleterre, lors du dernier match de la saison. En coulisses, grâce à l’aide d’Infantino, Manchester City a battu les sept enquêteurs de la chambre d’instruction. Un mail du secrétaire général, Simon Cliff, montre à quel point le club les méprise. Le 15 mai 2014, la veille de la signature de l’accord, l’ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, qui avait présidé la chambre d'instruction jusqu'à sa maladie au début de 2014, est décédé. Cliff a réagi ainsi : « L’un est tombé, il en reste six. » Tous les protagonistes de l’affaire ont refusé de répondre à nos questions. Manchester City ne commente pas « des informations sorties de leur contexte qui pourraient avoir été piratées ou volées. […] La tentative de nuire à la réputation du club est organisée et claire ». Michel Platini, qui a présidé l’UEFA jusqu’en 2016, s’est contenté de réponses générales (à lire dans l’onglet prolonger). « J’ai toujours affirmé que le fair-play financier n’avait pas vocation à “tuer” ou à asphyxier financièrement les clubs […], mais j’ai aussi dit à maintes reprises que je souhaitais que des sanctions – y compris sévères – puissent être prises », indique-t-il, ajoutant que « la mise en œuvre et la gestion […] des procédures de sanctions s’est toujours faite sous le pilotage opérationnel et juridique des instances indépendantes. » Son ex-bras droit Gianni Infantino, devenu en 2016 président de la FIFA et l’homme le plus puissant du foot mondial, estime que le fair-play financier est un « grand succès ». Il ajoute que la chambre d’instruction est « indépendante », mais qu’elle peut être « assistée par l’administration de l’UEFA, ce qui inclut bien sûr le secrétaire général ». En clair, Infantino assure qu’il n’a fait qu’aider les enquêteurs. Aucun d’entre eux ne nous a répondu. Source
  12. Dopage financier: Platini et Infantino ont couvert la fraude du PSG 2 NOVEMBRE 2018 PAR YANN PHILIPPIN ET DONATIEN HUET Le Qatar a injecté 1,8 milliard d’euros dans le PSG de façon largement frauduleuse. Le club a violé les règles dites du fair-play financier mais les patrons de l’UEFA, Michel Platini et Gianni Infantino, ont aidé à masquer la supercherie. Cela a permis au club de ne pas être exclu de la Ligue des champions. En football, l’argent ne fait pas le bonheur. Mais il y contribue énormément. En quelques années, le PSG a laminé toute concurrence en Ligue 1 et s’est fait une place parmi les grands clubs d’Europe. Le problème est qu’il a triché, comme le démontrent les documents Football Leaks, obtenus par Der Spiegel et analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC). Malgré des enquêtes internes accablantes pour le PSG, le club a été couvert par la fédération européenne de football (l’UEFA) grâce à une série de combines négociées par les deux hommes forts de l’organisation jusqu’en 2016 : le président Michel Platini et son secrétaire général, Gianni Infantino, devenu depuis le président de la FIFA. Depuis son rachat du PSG en 2011, le Qatar y a injecté 1,8 milliard d’euros, dont 1,35 milliard via des contrats de sponsoring surévalués et le solde via des avances d'actionnaire. Soit plus de onze ans de dépenses de l’OM, ou encore trente-quatre ans de budget d’un club comme Montpellier. C’est le deuxième plus gros cas de dopage financier depuis l’introduction des règles interdisant cette pratique, juste derrière Manchester City (lire notre enquête ici). Le président du PSG Nasser Al Khelaifi (à droite) et son directeur général délégué Jean-Claude Blanc © Reuters Car dans le football européen, on n’investit pas ce qu’on veut, comme on veut. Officiellement tout du moins, depuis la réforme phare de Michel Platini. En 2010, l’ancien numéro 10 de l’équipe de France fait adopter par l’UEFA les règles du fair-play financier. L’objectif est double : interdire aux clubs d’être en déficit afin de freiner la folle hausse des transferts et des salaires ; et empêcher les émirs, oligarques et autres milliardaires de fausser les compétitions en subventionnant les clubs à fonds perdu. Pour faire respecter la règle, l’UEFA dispose d’une arme atomique : l’exclusion temporaire de la Ligue des champions et de l’Europa League. Mais le PSG comme Manchester City y ont échappé. Alors que des exclusions ont été prononcées contre d’autres clubs, comme Galatasaray ou le Milan AC (qui a été réintégré en appel), pour des dérives financières d’un montant bien inférieur. © Donatien Huet / Mediapart Les deux dirigeants avaient pourtant promis qu’ils seraient inflexibles. « Si la question est de savoir si j’aurai le courage de sanctionner des clubs de renom, la réponse est oui », lançait Platini en 2011. « On n'est pas là pour tuer les clubs, même si on pourra les punir sévèrement s’il le faut. […] Il n’y aura pas de passe-droit », ajoutait-il en 2013. Gianni Infantino était sur la même ligne. Le « dopage financier » est « une spirale » qui peut mener le foot au « désastre », disait-il en 2011. Si les clubs « violent les règles, nous imposerons les sanctions les plus dures », assurait le secrétaire général de l’UEFA. Platini et Infantino ont pourtant couvert le dopage financier du PSG. Le trouble jeu de l’UEFA s’est poursuivi, dans une moindre mesure, sous la présidence du Slovène Aleksander Ceferin. Un document Football Leaks indique que le PSG a été finalement blanchi par la fédération européenne en juin 2018 « pour des raisons politiques », avec d’importantes restrictions financières, mais sans sanctions. Cette décision a d’ailleurs, fait rare, été remise en cause par le président de l’instance indépendante en charge de faire respecter le fair-play financier. Interrogés par l’EIC, Aleksander Ceferin, Gianni Infantino et Michel Platini nous ont fait parvenir des réponses écrites très générales (à lire dans l’onglet prolonger), se bornant à indiquer que le fair-play financier était à leurs yeux un succès, et que l’organe de l’UEFA chargé de sanctionner les clubs a agi en toute « indépendance ». L’UEFA indique que les fraudeurs ne sont exclus de la Ligue des champions qu’en « dernier ressort », lorsque leur plan de retour à l’équilibre n’est pas jugé crédible. Michel Platini ajoute qu’il y a eu des sanctions « sévères », même s’il a « toujours affirmé que le fair-play financier n’avait pas vocation à “tuer” ou à asphyxier financièrement les clubs européens qui enfreindraient les règles ». Michel Platini, président de l'UEFA jusqu'en 2016 (à droite), avec son bras droit Gianni Infantino, aujourd'hui président de la Fifa. © Reuters Dans sa réponse écrite (à lire dans l’onglet prolonger), le PSG a refusé de répondre à la plupart de nos questions, invoquant des « obligations de confidentialité » : « Vos questions montrent que vous disposez de documents confidentiels. Nous faisons toutes réserves quant à la manière dont ces éléments ont été obtenus et seront utilisés. » Vu nos questions jugées « orientées », le PSG a « le sentiment que cette enquête est exclusivement à charge alors que le club n’a jamais caché aucune information à ses instances de contrôle […] et a toujours respecté les législations applicables ». Le club nous a toutefois accordé un long entretien avec son directeur général délégué Jean-Claude Blanc, et son secrétaire général Victoriano Melero. Le PSG est très remonté contre le fair-play financier, qui a donné de factoun avantage aux clubs comme le Real Madrid ou Chelsea, qui ont eu recours au dopage financier avant qu’il ne soit interdit. En « empêchant les actionnaires d’investir librement », le fair-play financier est « devenu un instrument dans la main de quelques-uns, porté par l’UEFA pour empêcher les nouveaux entrants de rejoindre le club fermé de deux clubs espagnols, d’un ou deux clubs italiens, d’un club allemand et de quelques clubs anglais, qui trustent tous les titres européens depuis quinze ans », indique Jean-Claude Blanc à Mediapart. Il ajoute que, malgré cela, le club s’est montré « exemplaire » et s’est « conformé absolument » aux règles. Nicolas Sarkozy et Nasser Al Khelaifi © Reuters L’histoire commence le 23 novembre 2010 à l’Élysée, neuf jours avant le vote pour l’attribution de la Coupe du monde 2022. Selon des enquêtes de So Foot et France Football, le président Nicolas Sarkozy a invité à déjeuner Tamim Al-Thani, alors prince du Qatar et actuel émir, le président de l’UEFA Michel Platini et Sébastien Bazin, représentant du fonds Colony, qui veut vendre le PSG, lourdement déficitaire. Sarkozy, grand supporter du PSG, aurait proposé le deal suivant au prince : rachetez le club et créez une chaîne sportive en France ; en échange, Michel Platini vous aidera à obtenir la Coupe du monde. Michel Platini a toujours assuré que Sarkozy ne lui avait rien demandé au sujet du Mondial lors du déjeuner, même s’il a « senti qu’il y avait un message subliminal ». Il a par contre confirmé qu’il était à l’époque opposé à un rachat du PSG par l’émirat, et que Nicolas Sarkozy a tenté de le convaincre du contraire. « Il m’a dit que les Qataris étaient des gens bien », a confié Platini à So Foot. Sollicité par Mediapart, Nicolas Sarkozy a refusé de commenter, mais indique que Bazin n’était pas présent. En tout cas, tout s’est terminé à merveille pour le prince Tamim et Nicolas Sarkozy. Platini a voté Qatar (uniquement par conviction, assure-t-il), l’émirat a obtenu le Mondial, puis a racheté le PSG en juin 2011, six mois après le déjeuner. L’émir a des ambitions colossales, résumées dans un document confidentiel intitulé « plan stratégique du PSG 2012-2017 ». Le club doit devenir l’un des cinq plus gros du monde et arriver en demi-finale de la Ligue des champions en 2016. L’émirat a prévu de dépenser 1,3 milliard d’euros sur cinq ans, rien que pour acheter des joueurs et payer leurs salaires. Le PSG semble parfaitement conscient que c’est interdit par le fair-play financier. « Ces règles vont créer un sérieux problème […], des actions de lobbying régulières seront requises », conclut le document. L’émir n’en fait qu’à sa tête. Deux ans après le rachat, Qatar Sports Investments (QSI), l’entreprise publique qui contrôle le PSG, a déjà financé l’achat de 21 joueurs pour 400 millions d’euros, dont les stars Zlatan Ibrahimovic et Edinson Cavani. La masse salariale a triplé. En juin 2012, le PSG made in Qatar termine deuxième de la Ligue 1. Il accède à la Ligue des champions et devient assujetti au fair-play financier. Coïncidence : le club signe deux mois plus tard, dans le plus grand secret, un contrat de « promotion de l’image du Qatar » avec la Qatar Tourism Authority (QTA), contrôlée par le gouvernement de l’émirat. Il prévoit que QTA verse 1,075 milliard d’euros sur cinq saisons au PSG, soit 215 millions annuels en moyenne : 100 millions la première saison, jusqu’à 250 millions ensuite (notre document). Le contrat signé an août 2012 entre le PSG et QTA © EIC Le montant du contrat est délirant. À l’époque, la totalité des revenus de sponsoring du PSG s’élevaient à 24 millions d’euros. En 2012, le Real Madrid, le Bayern Munich et le FC Barcelone vendaient leur tunique pour 30 millions. QTA paye six fois plus cher, sans obtenir aucune visibilité, ni sur le maillot ni au Parc des Princes. Le PSG doit seulement mentionner le Qatar dans sa communication et participer à un événement promotionnel une fois par an. Sa principale obligation est de « recruter des joueurs […] au plus haut niveau européen ». Le contrat explique que « l’État du Qatar » a acheté le PSG « pour développer son rôle et sa reconnaissance internationale en tant qu’acteur majeur dans le domaine sportif ». Pour faire briller l’image de l’émirat, le PSG devra « jouer un rôle majeur en Ligue des champions », donc recruter des stars et dépenser, rien que pour leurs salaires, « 110 % de ses revenus » actuels. Bref, le contrat indique noir sur blanc que l’objectif de QTA est de combler les déficits du PSG, nés de la volonté de grandeur de l’émir. C’est loin d’être la seule anomalie. Alors que le contrat a été signé le 8 août 2012, QTA accepte de verser 100 millions d’euros pour la saison 2011-2012, close deux mois plus tôt. Pour justifier ce cadeau, le président de QTA s’est fendu d’un courrier, où il raconte s’être mis d’accord sur le principe du partenariat lors d’une réunion le 28 juin avec le PSG. Le club lui a demandé de payer 100 millions rétroactivement afin de pouvoir « respecter ses engagements » auprès de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme financier du football français. Le patron de QTA accepte et s’engage oralement à verser l’argent quoi qu’il arrive, même si le contrat avec le PSG n’avait finalement pas été signé. C’est cadeau. La lettre du président de QTA au PSG évoquant le rendez-vous du 28 juin 2012. © EIC Jean-Claude Blanc répond à Mediapart qu’il ne se souvient pas de la lettre du président de QTA et que le PSG n’avait « pas besoin » de cet argent vis-à-vis de la DNCG. C’est pourtant écrit noir sur blanc dans notre document (ci-dessus). Le contrat QTA à 215 millions vaut en réalité 77 à 1 750 fois moins Autre incongruité : pendant la saison 2012-2013, l’existence de l’accord n’a pas été rendue publique et QTA n’a pas mené la moindre campagne de promotion avec le PSG. L’Autorité touristique du Qatar a donc dépensé 200 millions pour rien cette année-là, soit 300 millions au total en comptant les 100 millions rétroactifs. Ce n’est plus du sponsoring mais du mécénat. Jean-Claude Blanc nous répond que le contrat est rétroactif, car le PSG a « commencé à servir le Qatar » dès l’année précédant la signature. À l’époque, le directeur général du PSG prend les devants. Dès février 2013, cinq mois avant le premier examen des comptes du PSG par l’UEFA, il constitue une équipe d’avocats de haut niveau pour attaquer les règles du fair-play financier devant l’Autorité de la concurrence. L’objectif : faire peur à l’UEFA et forcer la fédération européenne à transiger. Une plainte est rédigée mais ne sera jamais déposée. « On l’a envisagé plusieurs fois, mais jusqu’ici le club et ses actionnaires ont toujours été respectueux de l’institution UEFA, confirme Blanc. On ne souhaitait pas se mettre en position d’agressivité juridique [et risquer] d’être exclus des compétitions européennes. » Le PSG mandate aussi l’agence Havas pour tenter de justifier la valeur du contrat. Les pros du marketing utilisent le concept de « nation branding », ou « promotion d’une nation », ce qui permet d’affirmer que le contrat ne peut pas être comparé à du sponsoring classique. Le PSG presse aussi QTA d’ « activer » le partenariat. Il est enfin dévoilé le 29 octobre 2013, avec conférence de presse et annonce d’une première campagne publicitaire de QTA dans le métro parisien. Cela ne suffit pas à convaincre l’UEFA. « Ce n’est pas possible d’avoir un sponsor à 300 millions […] ce n’est pas correct, ce n’est pas le prix du marché », attaque Michel Platini en mai 2013. © Donatien Huet / Mediapart Pour faire respecter le fair-play financier, l’UEFA a créé l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), un organe « indépendant » doté d’un tribunal et d’une « chambre d’instruction », présidée par un « enquêteur en chef ». Lequel commande deux rapports d’experts et trois « opinions » d’éminents juristes. Ils sont unanimes. « Ce n’est pas un vrai contrat de sponsoring, il a été conçu pour contourner les règles du fair-play financier », écrit Takis Tridimas, professeur de droit à Londres. Les évaluations des experts sont catastrophiques : l’agence Repucom, qui mesure l’impact publicitaire obtenu par QTA, chiffre sa valeur à 123 000 € par an, 1 750 fois moins que le montant du contrat. L’agence Octagon, l’une des plus réputées au monde, a pour sa part analysé les accords comparables. Verdict : la valeur du contrat est divisée par 77, à seulement 2,78 millions d’euros par an. « QTA paie un montant massivement surévalué […] Rien ne peut justifier une valeur de marché de 200 millions par an. Il aurait suffi d’un minimum de vérifications à QTA pour arriver à cette conclusion », tacle Octagon. La valeur réelle du contrat QTA, évaluée à la demande de l'UEFA par les agences Repucom et Octagon en 2014. © EIC Le PSG conteste ce type d’évaluations, car il ne s’agit pas d’un contrat de sponsoring, mais de « nation branding »(promotion d’un pays), comparable à l’organisation par un pays des jeux Olympiques ou d’un grand prix de Formule 1. L’avantage : comme le PSG est le seul à appliquer ce concept « dans le football des clubs », il affirme que le contrat QTA ne peut être comparé à aucun autre. Jean-Claude Blanc ajoute que le contrat à 215 millions d’euros « pour la visibilité qui a été donnée, ce n’est pas très cher ». Mais l’UEFA n'est pas convaincue. Le 8 avril 2014, l’avocat de la chambre d’instruction rédige le rapport final qui doit être signé par l’enquêteur en chef. Il est accablant. Le document conclut que le contrat QTA est non seulement « massivement surévalué », mais aussi conçu dans le but de « contourner les règles » du fair-play financier. Interrogé par les enquêteurs, le PSG a été incapable de fournir le moindre élément écrit prouvant qu’il a négocié avec QTA. L’enquête a également établi que lorsque le club a reçu les premiers paiements de 300 millions en avril 2013, le PSG en a immédiatement reversé 283 à son actionnaire QSI, pour rembourser les achats de joueurs effectués depuis le rachat du club. Le rapport conclut que la valeur réelle du contrat QTA est de 0 pour 2011-2012 (l’année rétroactive) et de 3 millions d’euros pour 2012-2013. En enlevant l’argent de l’Autorité touristique du Qatar, le déficit du PSG est de 260 millions sur deux ans, presque six fois plus que la limite autorisée. Le rapport doit maintenant être signé par l’enquêteur en chef Brian Quinn, un économiste écossais, ancien président du Celtic de Glasgow. Mais Quinn ne signera jamais le document. Tout aussi troublant : le rapport final et les expertises évaluant la valeur du contrat QTA n’ont jamais été transmis au PSG. « On n’a jamais vu ces rapports », confirme Jean-Claude Blanc. Michel Platini a présidé l'UEFA de 2007 à 2016 © Reuters Si les pièces du dossier ont été enterrées, c’est sans doute pour ne pas perturber l’accord secret conclu avec les plus hauts dirigeants de l’UEFA. Car l’autre partie s’est jouée en coulisses. Fin février 2014, le club a obtenu un rendez-vous secret, au siège suisse de l’UEFA. Nasser Al-Khelaïfi et son bras droit Jean-Claude Blanc font face à Michel Platini et Gianni Infantino. Selon des documents issus des Football Leaks, Al-Khelaïfi interpelle Platini, en lui lançant qu’il n’a pas intérêt à s’attaquer au Qatar à travers le PSG. Était-ce une allusion au fait que QSI, l’actionnaire du PSG, a embauché son fils Laurent Platini dans une de ses filiales ? Au déjeuner de l’Élysée ? Aucun des participants n’a accepté de nous répondre. Toujours selon nos documents, Platini et Infantino ont proposé de régler l’affaire par un accord amiable. Les dirigeants du PSG acceptent, mais à condition que la négociation soit conduite au plus haut niveau pour court-circuiter la chambre d’instruction. Platini et Infantino y consentent. Ils avaient pourtant assuré publiquement que la chambre était « indépendante », conformément aux règles de l’UEFA. Des négociations secrètes s’engagent, principalement entre Blanc et Infantino, voire avec le président Platini lui-même. Nasser Al-Khelaïfi et Jean-Claude Blanc ne nomment que rarement l’ancien numéro 10 de l’équipe de France. Ils l’appellent « the top guy », le « mec au sommet ». Fin mars 2014, une première séance préparatoire est organisée sans les patrons, entre représentants du club et de l’UEFA. L’UEFA dit que la valeur du contrat QTA est quasi nulle. Elle ajoute que le contrat n’est pas crédible, ce dont le PSG convient. Il faut nous aider à le rendre crédible, lancent alors les représentants de l’UEFA. C’est ainsi que naît l’idée qui va permettre de couvrir l’irrégularité : rédiger un nouveau contrat qui ait l’air suffisamment sérieux pour que l’UEFA puisse lui accorder une valeur élevée sans perdre la face. Reste à tomber d’accord sur un chiffre. Tout se joue le 8 avril à Londres. Lors d’une rencontre secrète avec Jean-Claude Blanc, Gianni Infantino accepte de valoriser le contrat QTA à 100 millions d’euros, alors même qu’il sait que les experts indépendants l’estiment à 3 millions d’euros au grand maximum. Infantino est si embarrassé qu’il réclame que le chiffre ne figure pas dans l’accord officiel, mais dans une « lettre complémentaire » qui resterait secrète. Il a peur que « d’autres clubs exercent (avec succès) un recours contre l’accord ». Mais le PSG ne cède pas. « Gianni m’a poussé à accepter la lettre complémentaire [mais] j’ai refusé », écrit Blanc à Al-Khelaïfi. Gianni Infantino, ancien secrétaire général de l'UEFA, président de la Fifa depuis 2016. © Reuters Le PSG a fait tourner ses calculettes : abaisser le contrat QTA de 215 à 100 millions d’euros va créer « un déficit de 100 millions d’euros en 2014-2015 », s’alarme Blanc auprès d’Al-Khelaïfi. Informé, Infantino suggère au PSG de réduire ses dépenses. Le club refuse. Et Infantino craque une nouvelle fois. Le match s’est joué le 19 avril 2014, le jour de la finale de la Coupe de la Ligue entre le PSG et Lyon. Dans la journée, Blanc et Infantino ont trouvé un accord. Le secrétaire général de l’UEFA a accepté que la baisse du contrat QTA soit presque intégralement compensée par de nouveaux sponsors qataris. La victoire du PSG est totale. Au Stade de France, le PSG l’emporte 2 à 1 grâce à deux buts d’Edinson Cavani, l’attaquant vedette acheté 64 millions d’euros grâce au dopage financier qu’Infantino vient d’accepter. « C’est faux, il n’y a pas eu d’accord sur 100 millions, il y a eu une décision de la chambre d'instruction », réagit Jean-Claude Blanc. Reste une formalité : faire valider par la chambre d’instruction « indépendante » l’accord négocié dans son dos. Jean-Claude Blanc est confiant. « Gianni Infantino m'a appelé hier soir pour m'indiquer [qu’il] avait avancé avec le panel de l'UEFA », écrit-il le 16 avril. Le 1er mai, il écrit à Nasser Al-Khelaïfi : « Demain quand on signe, n’oublie pas d’appeler le top guy pour information. » Le lendemain, la chambre d’instruction se réunit pour examiner l’accord avec le PSG. Mais l’enquêteur en chef Brian Quinn refuse de le signer. Selon une source informée, Quinn a indiqué à ses collègues qu’il trouvait l’accord « trop indulgent » envers le PSG. Il démissionne en pleine séance de ses fonctions d’enquêteur en chef. La chambre choisit d’élire en catastrophe l’un de ses membres pour le remplacer, l’universitaire italien Umberto Lago. Il signe immédiatement l’accord. Le PSG s’en sort bien. Il n’écope que de 60 millions d’euros d’amende, et de deux ans de restrictions financières : plafonnement de la masse salariale, limitation du nombre de joueurs, et balance nette des transferts (achats – ventes) limitée à 60 millions par an. Le club s’engage aussi à revenir à l’équilibre financier d’ici à deux ans. Avec un contrat QTA à 100 millions par an et l’autorisation secrète de recruter de nouveaux sponsors qataris, il n’y a rien d’insurmontable… Un Qatar Winter Tour... en Tunisie Mais le psychodrame se poursuit. Le PSG apprend que Manchester City va écoper d'une amende ferme moins élevée. Nasser Al-Khelaïfi est dans une colère noire. L’honneur de l’émirat est en jeu. Pas question que le Qatar soit moins bien traité que le demi-frère du cheikh d’Abou Dhabi, propriétaire du club anglais. Al-Khelaïfi en profite pour réclamer que le montant de l’amende reste confidentiel. « Nous refuserons que l’UEFA annonce le montant et que notre club soit moins bien traité que les autres », écrit-il à Infantino. Pour l’émirat, être sanctionné, même a minima, est une humiliation. L’affaire remonte au plus haut niveau. Le 11 mai, Blanc appelle Infantino et le « top guy ». Le lendemain, Platini rappelle : le PSG perd sur la publication de l’amende, mais obtient le même deal que Manchester City. L’amende ferme est réduite de 60 à 20 millions d’euros. Le PSG en veut cependant toujours plus. En Ligue des champions, un club peut aligner 25 joueurs, dont 8 formés dans son pays. Le PSG râle très fort. Et Michel Platini accepte de faire approuver par le comité exécutif de l’UEFA une interprétation des règles, qui limite à 5 le nombre de joueurs formés au pays lorsqu’un club ne peut en aligner que 21. Bref, l’UEFA cède sur presque tout, ce qui crée visiblement un gros malaise. Le 28 avril 2014, son directeur juridique rédige des éléments de langage : « L’accord amiable n’est en aucune façon un embarras ou une capitulation vis-à-vis du PSG », puisque le Qatar et Abou Dhabi auraient « accepté de se soumettre aux règles du fair-play financier ». L'émir du Qatar Tamim Al Thani © Reuters La suite du document est une leçon de réalisme sur les rapports de force dans le foot. Exclure de la Ligue des champions « certains des plus gros clubs et des plus grands joueurs du monde » ne serait pas bon pour le business : « Il faut être raisonnable et essayer de trouver des solutions qui ne nuisent pas à la qualité » de la compétition. « Et il faut raisonnablement reconnaître à qui on a affaire. On parle de clubs (PSG et Manchester City) détenus par des États-nations, qui ne sont pas habitués à changer leur façon de faire du business pour respecter les règles d’une organisation de football comme l’UEFA. » Tout est dit. Puisque le business passe avant tout, les cadeaux continuent. Un an plus tard, fin mai 2015, Jean-Claude Blanc est furieux. L’UEFA lui a confié une information confidentielle : Manchester City, sanctionné lui aussi pour deux ans en mai 2014, a obtenu que ses sanctions soient levées un an à l’avance, c’est-à-dire immédiatement. « Manchester City est libre d’investir de nouveau sur le marché. […] Ça expliquerait pourquoi ils discuteraient avec la Juventus d’un transfert de Pogba pour 100 millions d’euros avec 12 millions de salaire net par an pour le joueur », fulmine Blanc dans un mail à Al-Khelaïfi. À nouveau, l’honneur du Qatar est en jeu. Blanc réclame illico le même traitement que le club d’Abou Dhabi. Infantino est gêné : seule la chambre d’instruction a normalement le pouvoir de modifier un accord amiable. Le 19 juin, Nasser Al-Khelaïfi écrit une lettre furibarde à Michel Platini : il menace d’attaquer en justice la légalité du fair-play financier. Ça marche. Dans les jours qui suivent, Infantino et Blanc élaborent un nouvel arrangement. L’accord de mai 2014 prévoyait que le contrat QTA valait zéro euro pour le passé ? Peu importe. Infantino autorise le PSG à réécrire a posteriori ses comptes afin de valoriser le contrat QTA à 100 millions d’euros dès 2013-2014. Le PSG revient ainsi à l’équilibre un an à l’avance, et les sanctions peuvent être levées sans que l’accord soit modifié. Cette solution acrobatique est validée le 2 juillet 2015 par le président de la chambre d’instruction, Umberto Lago, au motif que le PSG « a signé un nouveau contrat » avec QTA, qui accorde à l’office du tourisme du Qatar « de nouveaux droits de sponsoring substantiels et exclusifs ». C’est faux. Le PSG a seulement envoyé à l’UEFA, fin 2014, une version préliminaire et non signée du nouveau contrat. Ce document ne sera paraphé que deux ans plus tard… Autre étrangeté : le nouveau contrat ne s’élève pas à 100 millions par an, mais à 155, puis 145 millions, car c’est le montant dont le PSG a besoin pour atteindre l’équilibre et passer les contrôles de la DNCG, le gendarme financier de la ligue française de football. Par contre, seuls 100 millions seront pris en compte par l’UEFA dans le calcul du fair-play financier. Là encore, la fédération européenne ne moufte pas. C’est d’autant plus surprenant que si le contrat est passé de 5 à 66 pages, le PSG n’a pas accordé les nouveaux droits « substantiels et exclusifs » pourtant exigés par l’UEFA pour valoriser le contrat à 100 millions par an. QTA n’a obtenu qu’une loge privative de 15 places au Parc des Princes, d’une valeur de 150 000 euros par an, et un déplacement de l’équipe chaque hiver à Doha pour y disputer un match amical, baptisé « Qatar Winter Tour ». Même ces engagements minimalistes ne sont pas tenus. Comme si le PSG prenait un malin plaisir à humilier QTA, son plus gros pourvoyeur de fonds. Le 30 octobre 2014, sur ordre personnel de Nasser Al-Khelaïfi, QTA se voit retirer arbitrairement 10 de ses 15 sièges en loge, sans même un courrier d’explication. « Ça a eu un impact important sur nos activités commerciales », se plaint QTA au PSG, en réclamant une confirmation officielle de cette décision. Deux semaines plus tard, le PSG organise son « Qatar Winter Tour » 2014, avec un match amical de prestige contre l’Inter de Milan à… Marrakech, au Maroc, en violation du contrat avec QTA. La encore, l’Autorité touristique du Qatar proteste : « Le Maroc n’est pas un marché cible pour nous, donc appeler [le match] Qatar Winter Tour ne nous apporte pas vraiment de bénéfices. » QTA demande que les références au Qatar soient retirées des communiqués offciels, car « il s’agit de la marque d’une tournée au Qatar, elle ne peut pas être attachée à un match qui se joue en dehors du Qatar ». Mais le PSG est inflexible et QTA ne se plaindra plus, même lorsque le PSG organise son Qatar Winter Tour 2016 en Tunisie. En dépit des 145 millions d’euros que QTA lui verse par an. Les sponsors qataris du PSG (passer la souris sur les blocs pour afficher les chiffres) © Donatien Huet / Mediapart Et qui ne suffisent pas à assurer l’énorme train de vie du PSG. Gianni Infantino a, on s’en souvient, autorisé le PSG en avril 2014 à compenser la baisse du contrat QTA avec de nouveaux sponsors qataris. Le club ne s’en est pas privé, avant même que le numéro 2 de l’UEFA ne donne son feu vert. Ces contrats sont aussi étranges que celui signé avec QTA. Il y a d’abord leurs montants très généreux, entre 4 et 20 millions par an. Comme tous les clubs, le PSG tient ses plus gros contrats de son sponsor maillot Emirates et de son équipementier Nike qui versent chacun autour de 20 millions par an. Des montants logiques, puisque tous deux sont très bien exposés, sur le devant du maillot. En revanche, pour les autres sponsors, les prix sont beaucoup plus faibles. Ainsi, Orange, troisième partenaire non qatari du PSG, ne paie que 1,5 million par an. À des années-lumière de ce que versent les sponsors de l’émirat. Autre incongruité : la plupart des contrats qataris sont à effet rétroactif, ce qui revient pour les sponsors à payer en partie pour rien. La palme revient à la chaîne beIN Sports : son accord de sponsoring du club, signé en septembre 2013 pour 2,8 millions d’euros par an, couvre la saison 2012-2013, qui s’est pourtant terminée trois mois plus tôt. Avec beIN Sports, qui sponsorise le club, le conflit d’intérêts est évident. Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG, dirige aussi beIN Sports et QSI (Qatar Sport Investments), le propriétaire des deux entreprises. Lorsque le contrat est signé, il pourrait signer pour les deux entités. Il est donc demandé à Jean-Claude Blanc de le faire côté PSG. Par ailleurs, depuis mars 2012, QSI loue au club pour 2,7 millions d’euros par an l’intégralité des 239 sièges de la tribune présidentielle du Parc des Princes, transformée en outil de relations publiques, où le Qatar invite les VIP et les stars de passage à Paris. Le montant est passé à 6 millions par an à l’été 2015. Soit 25 000 € le siège, deux fois plus que ce qui est facturé à d’autres clients du PSG. Le contrat avec l’académie qatarie de football Aspire passe quant à elle de 1,5 à 5,5 millions par an à l’été 2014, et celui avec beIN Sports de 2,8 à 3,9 millions. Idem pour QNB, la banque nationale du Qatar. Au printemps 2013, les négociations pour renouveler le contrat sont rudes, QNB ne voulant pas aller au-delà de 3 millions par an. Mais la banque accepte subitement en septembre d’en payer 15, en échange de son logo sur la manche des maillots. Le PSG blanchi « pour des raisons politiques » Pour respecter le fair-play financier à la suite de la réduction du contrat QTA, il faut trouver de nouveaux sponsors. Au PSG, c’est simple. Le club calcule les sommes dont il a besoin, et les insère dans des contrats où seul manque le nom du sponsor, à compléter. Les documents sont envoyés à Yousef Al-Obaidly, président de beIN Sports France et principal collaborateur qatari de Nasser Al-Khelaïfi. Il doit trouver à Doha des entreprises prêtes à signer. Le directeur marketing du PSG n’est pas très à l’aise. « Auriez-vous le nom de l’entreprise/marque qui pourrait devenir le partenaire principal ? Cela nous aiderait à construire un package plus pertinent », écrit-il à Al-Obaidly en octobre 2014. C’est ainsi que le PSG obtient 4,5 millions par an de la clinique sportive qatarie Aspetar. Le PSG s’apprête aussi à conclure pour 12 millions d’euros avec le groupe hôtelier Katara Hospitality. Mais le club découvre à la dernière minute que cette entreprise est contrôlée par… QTA. Qu’à cela ne tienne, le contrat sera finalement signé avec Katara Cultural Village, un centre culturel et commercial de Doha. Interrogé par l’EIC, Yousef Al-Obaidly indique que nos informations ne sont « pas exactes ». Il reconnaît toutefois avoir mis ses « nombreuses relations d’affaires » au Qatar au service du club. L’exemple le plus croquignolesque est sans doute celui d’Ooredoo, l’ex-Qatar Telecom. En juillet 2013, l’opérateur signe une simple lettre de deux pages, où il s’engage à payer 20 millions par an pendant cinq ans. Et à faire un premier versement immédiatement, sans même savoir quels droits marketing il va obtenir. Mais Ooredoo refuse de payer les deux années suivantes, estimant que ce qu’il a obtenu (le centre d’entraînement rebaptisé à son nom et sa marque à l’arrière du maillot) ne vaut pas 20 millions par an. Le 3 juin 2016, Ooredoo annonce même au PSG qu’il résilie immédiatement le contrat. Nasser Al-Khelaïfi s’en plaint dans un mail en prenant soin de mettre le directeur de cabinet de l’émir du Qatar en copie. Résultat : Ooredoo capitule, paye les 40 millions d’arriérés et promet d’honorer la suite du contrat. Au même moment, le PSG a réglé le même problème avec QNB. Le 27 juin 2016, la banque indique au PSG qu’elle ne renouvellerait pas son contrat, qui expire le 30 juin. Trois jours plus tard, la banque nationale du Qatar mange son chapeau et réclame un nouveau contrat pour les trois prochaines saisons. Malgré ces difficultés, le PSG a atteint son objectif : pendant les deux saisons qui ont suivi l’accord de mai 2014 avec l’UEFA, QTA et les sept autres sponsors qataris ont versé 206 millions par an au club. Presque autant que ce qui était prévu dans la première version du contrat QTA. Ce sponsors ont fourni jusqu'à 52 % des recettes du club – 36 % aujourd'hui (notre infographie ci-dessous). Les revenus du PSG et le poids de ses sponsors qataris (passer la souris sur les blocs pour afficher les chiffres) © Donatien Huet / Mediapart Interrogé par l’EIC, le PSG s’est borné à répondre que ces contrats sont normaux et qu’il ne considère pas ses sponsors qataris comme des « parties liées », bien qu’ils soient tous contrôlés par l’État du Qatar. Tout irait ainsi pour le mieux si l’UEFA n’avait pas modifié les règles du fair-play financier en juillet 2015. Désormais, si des entités contrôlées par un même État fournissent 30 % des recettes du club, ces contrats doivent automatiquement faire l’objet d’un audit pour évaluer leur valeur réelle. C’est la panique : le PSG explose ce plafond, avec 42 % des recettes fournies par les Qataris en 2014-2015. Si l’on prend en compte les seuls revenus de sponsoring, la part apportée par le Qatar est même de 80 %. Lorsqu’il découvre ce chiffre, Nasser Al-Khelaïfi a des sueurs froides. « Assurez-vous s’il vous plaît que la part des sponsors non qataris progresse pour atteindre 50 %, c’est l’objectif pour vous et votre équipe pour 2017 », écrit-il au directeur marketing du PSG en octobre 2016. Mais le club n’y arrive pas, et doit se résoudre à adopter des mesures d’urgence pour tenter de passer sous la barre des 30 % de recettes qataries. Fin avril 2017, un mois avant la clôture des comptes de la saison, le PSG accorde un rabais exceptionnel de 20 % à cinq de ses sponsors de l’émirat, dont QTA et beIN Sports, soit 35 millions d’euros. Le club met fin aux contrats avec Aspetar, Aspire et Katara, parce que leur valeur serait extrêmement difficile à justifier vis-à-vis de l’UEFA. Le PSG sait qu’il est sur la corde raide. L’émir du Qatar n’en a cure. Deux mois plus tard, en août 2017, le PSG explose le record du mercato le plus cher de tous les temps, en signant les deux plus gros transferts de l’histoire du foot : 222 millions pour la star brésilienne Neymar et 145 millions (plus 30 millions de bonus) pour le jeune prodige français Kylian Mbappé. Soit 402 millions en quinze jours. Kylian Mbappé sous les couleurs du PSG © Reuters L’Europe du foot est en ébullition. Le président de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, dénonce « l'évolution actuelle des prix comme des salaires, [qui] compromet l'équilibre du football français et peut-être même européen ». Les vieux ennemis du PSG s’étranglent de rage. Le patron du Bayern Munich, Karl-Heinz Rummenigge, réclame l’exclusion du PSG de la Ligue des champions. Le 22 août 2017, le président de la Ligue espagnole, Javier Tebas, dépose plainte à l’UEFA pour violation du fair-play financier. La pression est trop forte. Le 1er septembre, la chambre d’enquête de l’UEFA ouvre une nouvelle procédure. Au sein de la fédération européenne, les acteurs principaux ont changé. Un nouveau président, le Slovène Aleksander Ceferin, a remplacé en septembre 2016 Michel Platini, radié à cause de l’affaire des paiements différés de la FIFA (il a été blanchi par la justice suisse). Gianni Infantino est devenu président de la FIFA. L’Italien Umberto Lago, président de la chambre d’instruction, a pour sa part démissionné à l’été 2017. Immédiatement après, il a été embauché par le géant du conseil KMPG, où il aide les clubs à se défendre contre l’UEFA dans les affaires de fair-play financier : l’ex- enquêteur en chef aide désormais les fraudeurs présumés. Le 2 août 2017, il a même offert ses services au PSG, dans un mail adressé à Jean-Claude Blanc. Le club a prudemment décliné. Lago confirme et répond que sa firme démarchait plusieurs clubs à l’époque. Il indique n’avoir « jamais eu de contacts » avec des employés de l’UEFA depuis son départ, et ne voit aucun problème éthique à défendre les clubs. Le nouvel enquêteur en chef, l’ancien premier ministre belge Yves Leterme, est dans une situation très inconfortable. Il a accès au dossier de 2014 et ne peut ignorer que le dopage financier du PSG a été couvert par l’UEFA et par la plupart des membres de la chambre d’instruction qu’il préside. Le nouveau président Ceferin campe, en apparence, sur une ligne dure : « Nous n’aurons pas peur de punir. […] Personne n’est au-dessus des lois », lance-t-il en août 2017. Au PSG, l’heure est grave. Même si Mbappé a été prêté la première année par Monaco pour soulager la trésorerie, il doit, tout comme Neymar, être inscrit au bilan dès le 1erjuillet 2017 et amorti sur cinq ans. Selon des documents issus des Football Leaks, l’achat des deux superstars va générer, si l’on ajoute leurs salaires et les commissions d’agents, une charge de 830 millions d’euros sur cinq saisons. Soit 166 millions de dépenses supplémentaires par an, un tiers du budget du club. Le 22 septembre 2017, des prévisions confidentielles sont fournies au conseil d’administration du PSG (notre document ci-dessous). Le club prévoit un déficit au sens du fair-play financier de 124 millions d’euros pour la saison 2017-2018. Le déficit cumulé sur les trois dernières années, qui est le critère pris en compte par l’UEFA, s’élève à 74 millions, alors qu’il ne doit pas dépasser 30 millions. « Le Paris Saint-Germain ne respecte pas les règles du fair-play financier », conclut le document. © EIC Pour sortir du rouge, le PSG décide de vendre pour 111 millions d’euros de joueurs d’ici au 30 juin 2018, quasiment le double de ce qu’il avait prévu au départ. Les joueurs à céder en priorité sont l’attaquant argentin Angel Di Maria et l’ailier brésilien Lucas Moura. Mais le plan ne peut fonctionner que si l’UEFA ne dévalue pas les contrats qataris… Le PSG ressort des cartons son arme atomique : la plainte qu’il a rédigée en 2014 pour l’Autorité de la concurrence. Elle est toujours en suspens. La chambre d’instruction commande un rapport à l’agence de marketing sportif Octagon, qui avait déjà été mandatée en 2014. Sans surprise, elle arrive au même résultat. Dans un rapport de février 2018, Octagon évalue la valeur réelle du partenariat QTA à 5,5 millions d’euros par an, vingt-six fois moins que les 145 millions inscrits dans le contrat. La valeur des six autres contrats qataris est divisée par deux, à 27 millions au lieu de 60 (notre document). Les valeurs réelles des contrats qataris du PSG, évaluées par l'agence Octagon en janvier 2018. © EIC C’est une catastrophe pour le PSG. Le club réplique en commandant une contre-expertise à la firme Nielsen. Les résultats sont bien meilleurs : QTA est valorisé 123 millions d’euros en 2016-2017, et même 217 millions en 2017-2018, après l’arrivée de Neymar et Mbappé. Mais ces chiffres sont très contestables. Les règles de l’UEFA imposent que les experts soient indépendants. Selon des documents Football Leaks, le PSG savait qu’il n’avait pas le droit de choisir Nielsen, la firme travaillant régulièrement pour le club. Si Jean-Claude Blanc n’a pas démenti, il estime qu’il n’y a « pas de conflit d’intérêts »,car Nielsen travaille aussi pour l’UEFA. Le PSG doit trouver 300 millions d’euros supplémentaires par an, plus de la moitié de son budget Il y a aussi la méthode choisie : Nielsen a mesuré la valeur publicitaire brute obtenue, sans tenir compte des prix payés dans la vraie vie par les sponsors pour de tels contrats. Après discussion avec l’UEFA, l’expert du PSG a reconnu que ses chiffres devaient être divisés par trois. Après correction, l’estimation de Nielsen valorise les quatre contrats encore actifs (QTA, QNB, Ooredoo et beIN Sports) à 104 millions d’euros. C’est beaucoup plus qu’Octagon (26 millions), mais bien moins que leur valeur officielle (183 millions). Le 28 avril 2018, le PSG est auditionné au siège de l’UEFA par la chambre d’instruction de l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC). Les enquêteurs sont critiques sur les contrats qataris. Mais alors que le PSG n’a jamais paru aussi acculé, il s’en sort encore. Aleksander Ceferin, président de l'UEFA depuis 2016. © Reuters Tout s’est joué lors de deux rendez-vous au siège de l’UEFA en mai 2018, dont les documents Football Leaks nous ont permis de reconstituer le contenu. Le PSG y est représenté par son secrétaire général, Victoriano Melero. Il ne discute pas avec la chambre d’instruction, mais avec des cadres de l’UEFA qui dépendent directement du président Aleksander Ceferin. Il y a Andrea Traverso, responsable du fair-play financier lors de l’enquête de 2014, désormais promu « directeur de la soutenabilité financière » ; et son successeur, Philippe Rasmussen. Selon ces documents, la délégation de l’UEFA indique au PSG que l’enquête va être classée sans suite « pour des raisons politiques », alors même que plusieurs membres de la chambre d’enquête ont indiqué qu’ils pourraient démissionner si jamais le PSG était blanchi. Lors du second rendez-vous, l’enquêteur en chef Yves Leterme se joint brièvement à la conversation. Il confirme que les membres de la chambre d’instruction penchent en faveur d’un renvoi devant la chambre de jugement, réputée plus sévère. « Signer un accord pour des raisons politiques ou autres, moi je n’ai jamais eu vent de cela », dément Victoriano Melero. Lors des mêmes rendez-vous de mai 2018, les cadres de l’UEFA proposent au PSG un accord amiable secret et officieux. Le club sera blanchi, mais devra accepter en échange de dévaluer ses contrats qataris et de vendre des joueurs. Les représentants de l’UEFA précisent que leur président Ceferin a une demande supplémentaire : le PSG devra conclure de grosses ventes de joueurs au moment précis où l’enquête sera classée sans suite. Histoire de compenser la nouvelle dévaluation, l’UEFA a proposé le même deal informel qu’en 2014 : le PSG serait autorisé à conclure un nouveau contrat à plus de 100 millions d’euros avec une nouvelle entreprise qatarie, à condition qu’il soit crédible. Le problème, c’est qu’un tel arrangement semble contraire aux règles de l’UEFA. Elles stipulent que les accords amiables doivent être publiés en version censurée sur le site de la fédération, et consultables dans leur intégralité par les autres clubs, afin qu’ils puissent déposer un recours si jamais ils estiment que l’accord est trop clément. Avec cet accord secret, il n’y a aucun recours possible. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que l’UEFA l’a proposé. Le PSG était conscient que cette solution était juridiquement fragile. Mais elle était tout à son avantage : le club aurait été sanctionné plus sévèrement à travers un accord officiel, et aurait risqué l’exclusion de la Ligue des champions en cas de renvoi devant le tribunal interne de l’UEFA. L'ancien premier ministre belge Yves Leterme préside la chambre d'instruction de l'ICFC, l'instance de l'UEFA qui mène les enquêtes sur le fair-play financier. © Reuters Le PSG a refusé de répondre au sujet de ces rendez-vous, mais souligne qu’il est parfaitement normal de rencontrer des membres de l’administration, qui font “l’interface” avec la chambre de l’instruction. La suite est une négociation de marchands de tapis menée entre Jean-Claude Blanc et Andrea Traverso. Le principal point de tension concerne l’accord avec QTA, qui expire le 30 juin 2019. Dans une lettre officielle envoyée le 7 juin par Jean-Claude Blanc, le PSG accepte que ce contrat soit dévalué à 60 millions d’euros par an jusqu’à ce qu’il expire en 2019, puis renouvelé pour seulement 15 millions annuels. Le club s’engage à vendre pour 140 millions d’euros de joueurs lors du mercato de l’été 2018, dont 10 millions d’ici au 30 juin. Mais le lendemain, la chambre d’instruction de l’ICFC refuse l’accord, jugé trop favorable au PSG. Elle insiste pour que l’ensemble des contrats qataris soient dévalués, et qu’ils le soient aussi pour la saison précédente, achevée en juin 2017. La chambre ne veut pas entendre parler d’un renouvellement du contrat QTA, qui lui empoisonne la vie depuis quatre ans. La suite de l’histoire ne figure pas dans les documents Football Leaks. Le 13 juin 2018, la chambre d’instruction a annoncé qu’elle classait l’enquête visant le PSG… mais en le sanctionnant. Le PSG indique que cette décision finale n’a pas été négociée à l’amiable, mais a été imposée au club. Selon L’Équipe, l’UEFA a rétroactivement dévalué les sponsors qataris de 37 % pour les deux dernières saisons : le contrat QTA à 145 millions ne pourra être pris en compte qu’à hauteur de 58 millions pour le calcul du fair-play financier, contre 100 auparavant. Idem pour QNB, Ooredoo et beIN Sports, qui seront pris en compte pour 27 millions au lieu de 38. La chambre d’instruction a choisi de valider la valeur des contrats selon les chiffres de Nielsen, le cabinet du PSG, pour des montants trois fois supérieurs à ceux d’Octagon. Nasser Al-Khelaïfi © Reuters Jean-Claude Blanc nous a indiqué qu’après avoir calculé l’impact des dévaluations, l’UEFA « nous a obligés, afin d’être à l’équilibre sur la saison 2017-2018, à vendre 60 millions de joueurs d’ici le 30 juin, en seulement 17 jours ». L’objectif a été tenu avec les transferts de Yuri Berchiche (24 millions), Javier Pastore (25 millions), Odsonne Edouard et Jonathan Ikoné. Plus important encore, la chambre d’instruction de l’UEFA a imposé au PSG de ne pas renouveler l’accord à 145 millions avec QTA lorsqu’il expirera le 30 juin 2019. Le club va donc se retrouver étranglé financièrement dès la saison prochaine : entre l’arrêt de QTA et le surcoût de Neymar et Mbappé, le PSG va devoir trouver 300 millions d’euros supplémentaires par an, plus de la moitié de son budget. Mais la décision de l’UEFA est incroyablement bancale : même s’il va subir de sévères restrictions financières, le PSG est officiellement blanchi et a échappé aux sanctions disciplinaires, qui vont de l’amende à l’exclusion de la Ligue des champions. Fait rarissime, la décision de la chambre d’instruction a d’ailleurs été contestée le 3 juillet par le président de la chambre de jugement de l’ICFC, José Narciso da Cunha Rodrigues, un ancien procureur général du Portugal. La chambre de jugement avait le pouvoir de sanctionner le PSG. Elle ne l’a pas fait. Après trois mois d’examen, elle a décidé, le 24 septembre, de… renvoyer le dossier devant la chambre d’instruction, Selon Le Journal du dimanche, la chambre de jugement aurait exigé un nouvel audit des contrats qataris. L’affaire tourne à la farce. La chambre d’instruction, qui a couvert le PSG et partiellement changé d’avis en juin 2018, va donc de nouveau examiner ces contrats qu’elle ne connaît que trop bien. Le PSG est furieux. Pour Jean-Claude Blanc, la réduction puis l’arrêt du contrat QTA est un nouveau « tour de garrot pour être sûr qu’à la fin on nous étouffe ». « Par cette décision, connaissant nos comptes […] l’UEFA, seule ou poussée par d’autres clubs et une ligue […] hispanisante, dit que le PSG est obligé de vendre un de ses gros joueurs pour être à l’équilibre en 2019-2020. Ça tombe bien, qu’est-ce qu’on peut lire dans la presse espagnole en ce moment ? Neymar au Barça, Neymar au Real, MBappé dans un grand club ». Le club a beau jeu d’expliquer que l’UEFA a remis en cause des contrats qu’elle avait pourtant validés en 2014. « Au gré de l’évolution du business model du PSG, l’UEFA a changé non seulement les règles, mais aussi leur interprétation. C’est du jamais-vu », indique le secrétaire général du club, Victoriano Melero. Le PSG envisage de contester la décision finale de l’UEFA, lorsqu’elle sera rendue. « Quand à un moment mon institution bouge tellement les règles pour qu’à la fin je n’y arrive plus, peut-être faut-il changer l’institution et les règles », menace Jean-Claude Blanc. Seul le PSG a accepté de répondre à certaines de nos questions. Michel Platini et Gianni Infantino n’ont envoyé que des réponses générales. Infantino, devenu en 2016 président de la FIFA et l’homme le plus puissant du foot mondial, indique que la chambre de l’instruction est « indépendante », mais qu’elle peut être « assistée par l’administration de l’UEFA, ce qui inclut bien sûr le secrétaire général ». En clair, Infantino assure qu’il n’a fait qu’aider les enquêteurs. Aucun d’entre eux ne nous a répondu, certains invoquant leur engagement de confidentialité vis-à-vis de l’UEFA. L’institution se barricade. Face à la vague de révélations Football Leaks, le silence risque d’être difficilement tenable. ---------------------------------- Pour comprendre en vidéo (et en 3 minutes) comment le PSG et le Qatar ont triché : YouTube Et pour comprendre comment l'UEFA les a couverts: YouTube Source
  13. Un cartel secret des plus gros clubs européens a plumé le foot français 3 NOVEMBRE 2018 PAR YANN PHILIPPIN Les documents Football Leaks révèlent comment, en 2016, le Bayern Munich, le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus de Turin ont fait chanter l’UEFA avec un projet de ligue privée. Et ont imposé une nouvelle formule de la Ligue des champions qui avantage les clubs ultrariches et fait perdre des dizaines de millions d’euros aux autres, en particulier les français. Le 26 août 2016 fut une journée noire pour le football français. Ce jour-là, l’UEFA, la fédération européenne de football annonçait sa réforme de la Ligue des champions pour les années 2018-2021. Les clubs des quatre plus grands championnats (Espagne, Allemagne, Royaume-Uni, Italie) ont quatre place garanties dans la plus lucrative des compétitions européennes, contre seulement deux (plus une optionnelle) pour la France. La répartition des revenus a changé, elle aussi. Depuis cette saison, les 32 clubs qui atteignent la phase de poules de la Ligue des champions touchent une plus grosse part du gâteau. Et la poignée d’équipes les plus riches davantage encore, au détriment, par exemple, de clubs moins fortunés, comme l’AS Monaco cette année. Quant aux clubs moyens qui échouent lors des barrages ou disputent la Ligue Europa (Bordeaux, Marseille et Rennes cette saison), ils subissent un manque à gagner de 80 millions d’euros par an. Les plus riches ont pris de l’argent aux pauvres. C’est Robin des Bois à l’envers. « C’est le plus grand scandale de l’histoire du football européen. C’est une réforme qui s’est décidée en cachette », s’étranglait, juste après l’annonce d’août 2016, Bernard Caïazzo, président de l’AS Saint-Étienne et du syndicat des clubs de Ligue 1. Il dénonçait alors « la mainmise de l’ECA », le syndicat européen des clubs, « et plus spécifiquement de l’axe germano-italien, sur l’UEFA ». Caïazzo était sur la bonne piste. Mais la réalité est plus scandaleuse encore. Cette réforme de la Ligue des champions a été imposée par une société secrète aux allures de cartel, menée par quatre des clubs les plus riches d’Europe : le Bayern Munich, la Juventus de Turin, le Real Madrid et le FC Barcelone. C’est ce que révèlent les documents Football Leaks obtenus par Der Spiegel et analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau European investigative Collaborations (EIC). Karl-Heinz Rummenigge, le président du Bayern Munich. © Reuters En 2016, ce petit cercle des ultrariches a d’abord mené des études très poussées pour créer une « Super Ligue », une ligue européenne privée. Puis a utilisé ce projet pour faire chanter l’UEFA et imposer sa réforme de la Ligue des champions dans le dos du syndicat officiel des clubs européens, l’ECA. Alors même que tous les clubs de la société secrète sont membres du conseil exécutif de l’ECA, censé représenter les clubs de toutes tailles. La palme de la trahison revient à Karl-Heinz Rummenigge, président du Bayern Munich. L’ex-attaquant mythique du Bayern et de l’équipe nationale allemande était à la fois l’un des leaders de la société secrète et le président de l’ECA. C’est lui qui s’est chargé d’amadouer les membres du syndicat des clubs, alternant propos rassurants, coups de pression et désinformation. Pour réussir son coup, le cartel a profité du vide politique à l’UEFA en cette année 2016, le président Michel Platini ayant été suspendu par la FIFA dans l’affaire des paiements différés (il a finalement été blanchi par la justice suisse). Son secrétaire général, Gianni Infantino, est parti présider la FIFA. En attendant l’élection en septembre 2016 d’un nouveau président, le pouvoir est alors entre les mains d’un nouveau secrétaire général, le Grec Theodore Theodoridis, toujours en poste aujourd’hui. Il aurait dû gérer les affaires courantes. Theodoridis a pourtant accepté de négocier avec des représentants des gros clubs et a poussé leur réforme auprès des instances de l’UEFA. Pour rétablir l’équité sportive et l’intérêt des compétitions, il aurait pourtant fallu faire l’inverse de cette réforme. Plusieurs études internes de l’UEFA montrent en effet que les clubs les plus riches n’ont jamais été aussi forts, que ce soit en Europe ou dans leur pays, comme l’illustre l’écrasante et lassante série de victoires du PSG en Ligue 1 cette saison. Mais redistribuer plus d’argent aux autres clubs ne fait pas partie des plans des géants du foot. Au mépris des principes historiques de solidarité de l’UEFA, ils font tout pour accroître et perpétuer leur domination. Leur victoire en 2016 n’a même pas suffi à les satisfaire : le Real Madrid vient de recevoir, le 22 octobre 2018, un nouveau projet de Super Ligue privée visant à rassembler 16 équipes en 2021, dont le Bayern et le PSG. Interrogé par l’IEC, le Real n’a pas donné suite. Le Bayern et le PSG nous ont indiqué ne pas avoir eu connaissance de ce document. L’histoire commence en 2015 aux États-Unis, avec un cador du foot business, Charlie Stillitano. Il a participé à la fondation de la ligue américaine de football professionnel, au début des années 1990, et a dirigé le club MetroStars de New York. Il travaille désormais pour l’agence Relevant Sports, qui organise pendant l’été des matches amicaux aux États-Unis entre les plus grosses écuries européennes. Le 17 décembre 2015, Stillitano envoie par courriel au vice-président du Real Madrid, José Angel Sanchez, une présentation « strictement privée et confidentielle ». Il s’agit de créer une Super Ligue privée et fermée qui rassemblerait les dix-sept meilleures équipes anglaises, espagnoles, italiennes, allemandes et françaises (les pays où les droits de retransmission télé sont les plus importants), plus un seul club d’une autre nation, qui pourrait être portugais, russe, turc ou néerlandais. Des projets de ligue privée ont régulièrement fleuri depuis plus de vingt ans. Sans succès. Mais Stillitano y croit. Il a réuni des investisseurs. Et il fait miroiter aux gros clubs des revenus mirifiques : chaque participant toucherait au moins 500 millions d’euros par an, cinq fois plus que ce qu’empoche le vainqueur de la Ligue des champions. Début janvier 2016, Charlie Stillitano poursuit sa tournée des popotes à Londres, où il présente son projet à Manchester United, Arsenal, Chelsea, Liverpool et Manchester City. Mais le tabloïd The Sun publie les photos des dirigeants des clubs en train de quitter l’hôtel de luxe et révèle que la Super Ligue était au menu. Les communicants de Manchester City s’en inquiètent dans un courriel au directeur général du club : « À l'avenir, nous devrons faire très attention et éviter à tout prix de donner l'impression d'être un cartel. » Manchester City n’aura toutefois plus à faire attention : il n’est plus invité. Depuis l’envoi du projet au Real Madrid, un premier groupe s’est constitué, mi-janvier 2016. Il y a le Bayern Munich, la Juventus de Turin, le Real Madrid et le FC Barcelone. Leur stratégie : faire chanter l’UEFA. Lors du prochain cycle 2018-2021, les recettes de la Ligue des champions et la Ligue Europa doivent bondir à 3,2 milliards par an contre 2,2 milliards pour l’édition 2016-17. Il faut faire main basse sur l’argent. Un principe hérisse particulièrement le poil des « sept gros » : la solidarité Le 12 janvier, Rummenigge et son homologue de la Juventus de Turin, Andrea Agnelli évoquent pour la première fois publiquement la possible création d’une ligue « privée ». Une semaine plus tard, le secrétaire général du Bayern, Michael Gerlinger, rencontre le directeur des compétitions de clubs à l’UEFA, Giorgio Marchetti. Il en rend compte aux présidents des quatre clubs du cartel : « Ça s’est bien passé. […] l’UEFA est “préoccupée” » au sujet de la Super Ligue et « très encline à continuer à travailler avec nous ». Un nouveau rendez-vous est prévu le 23 février à Turin, en marge du match Juve-Bayern. Le président de la Juventus de Turin, Andrea Agnelli © Reuters Le 3 février, Michael Gerlinger mandate le cabinet d’avocats anglais Cleary, Gottlieb, Steen et Hamilton. Leur mission : étudier les obstacles juridiques à la création de la Super Ligue. Le courrier est explosif. Le Bayern et ses camarades envisagent de quitter leurs championnats nationaux et se demandent si leurs joueurs pourraient être exclus des sélections nationales. La Liga espagnole sans le clasico entre le Real et le Barça ? L’équipe nationale allemande privée des stars du Bayern Mats Hummels et Manuel Neuer ? Cela semble inimaginable. Mais en cette année 2016, le cartel semble prêt à faire sauter tous les tabous. La réponse des avocats fait 23 pages, et conclut que le projet est faisable. Ils expliquent que ni l’UEFA ni la FIFA ne pourraient attaquer les grands clubs pour avoir nui à leurs compétitions, parce que cela violerait en principe le « droit européen de la concurrence ». Ils ajoutent que l’accord de coopération passé entre l’UEFA et l’ECA ne pose pas de problème non plus, car il n’engage que le syndicat, pas les clubs qui en sont membres. Détail piquant : le secrétaire général du Bayern et son homologue de la Juve ont reçu chacun 20 000 euros de bonus de l’ECA pour les récompenser d’avoir négocié ce même accord de coopération avec l’UEFA pour le compte du syndicat des clubs. Ce sont désormais les deux principales chevilles ouvrières du cartel. Après ses propos polémiques sur la Super Ligue, le président de l’ECA, Karl-Heinz Rummenigge, s’emploie à calmer les 150 membres réunis à Paris le 9 février 2016 pour l’assemblée générale du syndicat. Il assure que la réflexion sur l’« évolution des compétitions » n’en est qu’à ses débuts, avec des « échanges d’idées à différents niveaux ». Au sein du cartel, les idées progressent très vite. Mais Rummenigge n’en dit pas un mot à ses pairs de l’ECA. En mars, trois nouveaux membres ont rejoint le cercle : le Milan AC, Manchester United et Arsenal. Charlie Stillitano, l’Américain à l’origine du projet, les appelle les « big seven », les « sept gros ». Les « sept aristocrates » serait plus juste. Il n’y a parmi eux que les clubs historiques, qui trustent les titres depuis des lustres. Aucun des « nouveaux riches » qui tentent de les concurrencer, comme Chelsea, le PSG, ou Manchester City, n’a été invité. La première réunion des grands patrons des « sept gros » se tient le 31 mars dans un hôtel de Zurich. Toutes les précautions ont été prises pour garder le secret. La salle de conférence a été réservée au nom d’une agence de voyages. Les présidents planchent sur une présentation intitulée « un scénario de Super Ligue pour le championnat d'Europe de football » (notre document ci-dessous). De nombreux points restent en suspens. Mais un consensus se dégage sur l’essentiel. Extrait de la présentation montrée aux sept présidents des clubs du cartel le 31 mars 2016 à Zurich © EIC La Super Ligue ne comptera que 24 clubs au lieu de 32 pour la Ligue des champions, soit huit places de moins. Ce serait une catastrophe pour les clubs ainsi exclus, puisqu’une participation à la Ligue des champions rapporte plusieurs dizaines de millions par saison. Mais ça fait plus d’argent pour les 24 privilégiés. L’idée est de proposer un spectacle de luxe, avec 100 % de matches à suspense entre têtes d’affiche, pour augmenter le montant des droits télé. Le cartel veut aussi que des matches se jouent le samedi, aujourd’hui réservé aux grosses rencontres des championnats nationaux, parce qu’il y a plus de téléspectateurs le week-end. Les présidents penchent pour une ligue semi-fermée, avec seize clubs assurés de participer chaque année, quelles que soient leurs performances sportives. « Ce qui ne me plaît pas, c’est que l’on soit tous dépendants du sort », avait d’ailleurs lancé publiquement Rummenigge, deux semaines plus tôt. Pour le cartel, la glorieuse incertitude du sport est devenue insupportable. À Zurich, les présidents ont dressé une liste des seize membres permanents. Au départ, elle devait inclure l’Ajax d’Amsterdam et l’Olympique lyonnais. Était-ce pour amadouer leurs patrons, Edwin van der Sar et Jean-Michel Aulas, qui siègent au conseil de l’ECA ? En tout cas, Lyon et l’Ajax sont finalement retirés de la liste. Ils n’ont pas gagné assez de matches au plus haut niveau. Un principe hérisse particulièrement le poil des « sept gros » : la solidarité. La présentation du projet de Super Ligue rappelle qu’une partie des recettes de la Ligue des champions est reversée aux clubs plus pauvres qui disputent la la Ligue Europa, laquelle « distribue [aux clubs] plus d’argent qu’elle n’en rapporte ». Il est temps de corriger cette anomalie. Deux scénarios sont envisagés : l’« évolution » ou la « révolution ». En clair, le cartel va continuer à faire pression sur l’UEFA pour que la Ligue des champions devienne de facto une Super Ligue. Si les négociations échouent, tout sera prêt pour claquer la porte de la fédération européenne. La menace fonctionne. Les négociations ont repris entre Michael Gerlinger, le secrétaire général du Bayern, et l’administration de l’UEFA. Ils ont même trouvé un « compromis » sur la liste des clubs automatiquement qualifiés, se félicite Gerlinger dans un mail adressé le 13 avril aux patrons des « sept gros ». Dans un autre courriel, il ajoute que le secrétaire général est prêt à satisfaire une autre revendication : accorder aux grands clubs la cogestion de la Ligue des champions. Le 19 avril, les sept présidents se réunissent en secret à Amsterdam… juste avant le conseil d’administration de l’ECA. Au cours de la réunion du syndicat, des représentants de petits clubs se plaignent que la réforme de la Ligue des champions revienne sur la table. Le secrétaire général du Barça, Raul Sanllehi, l’une des chevilles ouvrières du cartel, la main sur le cœur, assure que c’est parce que l’UEFA « réfléchit à créer une nouvelle compétition » au-dessus de la Ligue des champions. Rummenigge ajoute que « les gros clubs ont des idées sur le format ». Le 2 mai, Rummenigge et le président de la Juve, Andrea Agnelli, s’envolent pour la Suisse. Ils ont rendez-vous au siège de l’UEFA avec Theodoridis et trois patrons de ligues nationales siégeant dans des instances qui doivent valider la réforme. Ils pensaient conclure un accord, mais repartent bredouilles. Quatre jours plus tard, les présidents de la Juve et du Bayern adressent un mail très agressif aux responsables qu’ils ont rencontrés. « Aucune de nos attentes n’a été satisfaite », écrivent-ils en martelant leurs revendications : une Ligue des champions « cogérée » à seulement vingt-quatre clubs, dont certains qualifiés automatiquement. Manchester United, Arsenal et le Milan AC ne sont plus en copie des mails du cartel La réponse des responsables est cinglante : il faut préserver les valeurs du foot et de l’UEFA, le « mérite sportif » et l’accès « ouvert » des clubs aux compétitions. Ils ajoutent que la décision de réduire la Ligue des champions à vingt-quatre ne pourrait être prise qu’au sein des instances compétentes après consultation de l’ECA, le syndicat officiel des clubs. D’ailleurs, « nous vous serions reconnaissants si vous pouviez nous dire quel groupe de clubs vous représentez », concluent-ils. Dans leur réponse, Rummenigge et Agnelli cachent l’existence des « sept gros ». Mais ils reconnaissent sans complexe agir sans mandat de l’ECA, au nom de leurs « clubs respectifs ». Et ils menacent : « Nous ne sommes pas prêts à retarder les changements nécessaires à cause de considérations politiques. » En clair, pas question d’attendre que le nouveau président de l’UEFA soit élu en septembre. Au sein du cartel, l’idée de la Super Ligue est relancée. À la mi-mai, Gerlinger fait pression pour que la société qui exploiterait la compétition soit créée et son existence rendue publique. Il n’y a que cela « qui nous rendrait crédibles », insiste le secrétaire général du Bayern. Le 14 juillet 2014, les responsables des « sept gros » se réunissent à Barcelone, au stade du Camp Nou, pour évaluer la dernière version du projet Super Ligue. Il y aura seize membres permanents (dont un seul français, le PSG) et huit clubs « invités » (lire notre document ci-dessous). Plusieurs clés de répartition des revenus ont été élaborées. Les clubs sélectionnés en juillet 2016 par le cartel pour participer à la Super Ligue privée. © EIC La présentation se conclut par ce qu’il reste à accomplir : mettre l’ensemble des seize clubs dans la confidence, gérer le divorce avec l’UEFA, l’impact sur les relations avec les ligues. Et élaborer un « plan de relations publiques » pour tenter de présenter positivement le projet le plus cupide que le foot ait jamais connu. Mais les « sept gros » renoncent. À en croire le patron du Bayern, c’est même lui qui aurait fait capoter le projet. Dans une récente interview à 11 Freunde et So Foot, Rummenigge évoque une réunion entre clubs, « il y a deux ans à Barcelone », ce qui semble correspondre à celle du cartel au Camp Nou : « À un moment, j’ai demandé : “Messieurs, vous pensez vraiment que les gens attendent la Super Ligue avec enthousiasme ?” Tout le monde m’a regardé avec des yeux ronds. […] Je sentais dans mes tripes qu’un tel projet nuirait aux ligues nationales […], mais beaucoup de clubs ne pensent qu’à leurs intérêts économiques. » Cette déclaration du président du Bayern a de quoi faire sourire. Surtout quand on connaît la suite. Après la réunion de Barcelone, les trois membres les plus récents du cartel, Manchester United, Arsenal et le Milan AC, ne sont plus en copie des mails du cartel. Ils ont manifestement pris leurs distances, sans qu’on sache pourquoi. Il ne reste plus que le noyau dur du départ, qui ne désarme pas. Car si la Super Ligue est morte, l’UEFA ne le sait pas. Les documents Football Leaks suggèrent qu’ils ont élaboré une stratégie géniale : reprendre les négociations secrètes avec l’UEFA… pour le compte de l’ECA. Le secrétaire général du syndicat européen des clubs, Michele Centenaro, est mis en copie des mails et participe à plusieurs réunions. Pourquoi a-t-il accepté de trahir ainsi les autres membres de l’ECA ? Il a refusé de nous répondre. Car les « quatre gros » continuent à défendre les revendications du cartel, sans informer les administrateurs de l’ECA. Et la négociation est un succès sur presque toute la ligne, comme l’écrit, le 4 août 2016, le secrétaire général du Bayern à ses trois camarades. Les versements de « solidarité » sont réduits et plafonnés. Les petits clubs et les ligues nationales reçoivent une plus petite part du gâteau. Les documents Football Leaks permettent de chiffrer pour la première fois à quel point cela a renforcé les inégalités (lire notre infographie ci-dessous). Pour les clubs qui disputent la Ligue Europa, le manque à gagner global est de 60 millions d’euros par an. Pour les ligues nationales, c’est moins 20 millions. Tandis que les clubs qui jouent la Ligue des champions s’approprient 150 millions supplémentaires par an, en plus des revenus liés à la hausse des droits de retransmission télé. L'impact financier de la réforme de 2016 de la Ligue des Champions © Donatien Huet / Mediapart Le cartel a inventé un autre mécanisme pour servir encore mieux ses intérêts. Jusqu’à présent, 40 % des revenus touchés par les clubs de la Ligue des champions dépendaient du montant des droits de retransmission télé payés dans leur pays. Ce ratio est réduit à 15 %, tandis que 25 % des recettes dépendent désormais des performances passées du club dans les compétitions européennes. « Ce sont les clubs français et anglais qui ont le plus perdu à cause de ce système », confie, hors micro, un ponte du foot hexagonal. Pour les membres du cartel, qui trustent les finales de la Ligue des champions, c’est en revanche tout bénéfice. Lors des négociations, l’UEFA a même envoyé aux « big four »des simulations très précises sur l’impact financier du nouveau système pour chaque club, ce qui leur a permis de vérifier qu’ils y gagnaient (notre document ci-dessous). Simulations confidentielles envoyées par l'UEFA au cartel sur l'impact du nouveau système de "coefficient des clubs" © EIC Une autre revendication clé a été satisfaite : désormais, la Ligue des champions sera cogérée par une société contrôlée à parité par l’UEFA et l’ECA. Or, parmi les quatre administrateurs qui ont été nommés, il y a les secrétaires généraux du Bayern, du Barça et de la Juventus, qui sont par ailleurs les chevilles ouvrières du cartel. Ils ont désormais accès à tous les secrets de fabrication de la compétition : appels d’offres des droits télé, coûts, organisation. Bref, les « big four » ont désormais tout le savoir-faire nécessaire pour gérer une ligue privée. Le cartel n’a perdu que sur un seul point : la réduction de la Ligue des champions à vingt-quatre équipes. Les « big four » se sont finalement ralliés à la « proposition »alternative de l’UEFA : des places garanties pour les quatre premiers des championnats anglais, italiens, allemands et espagnols, et seulement deux, plus une en option, pour la France. « L’idée est d’avoir une meilleure qualité dans les phases de groupe », écrit Michael Gerlinger, le secrétaire général du Bayern. Les clubs français apprécieront. L’accord est conclu début août lors d’une réunion secrète à l’aéroport de Genève entre le secrétaire général de l’UEFA Theodore Theodoridis, le directeur général de l’ECA Michele Centenaro, et les représentants du Bayern, du Real et du Barça. Reste à faire accepter aux administrateurs de l’ECA cet accord ultrafavorable aux gros clubs, qui a été négocié dans leur dos. Tout se joue le 25 août 2016 à Monaco, où le gratin du foot a rendez-vous chaque année pour le grand raout de rentrée de l’UEFA. Le syndicat européen des clubs en a profité pour y organiser son conseil. Les administrateurs n’ont reçu la présentation de la réforme que la veille. Elle inclut les grandes masses financières, mais pas les simulations détaillées fournies par l’UEFA aux« quatre gros ». Le président de l’ECA, Karl-Heinz Rummenigge, est à la manœuvre. Il admet que « la communication avec les clubs n’a pas été idéale », mais que c’est uniquement dû au fait que l’UEFA a exigé une « stricte confidentialité ». Il ajoute que « les grands clubs ont reçu de grosses offres pour créer une Super Ligue », et que « l’UEFA a ensuite convoqué une réunion avec les représentants de certains de ces grands clubs il y a quelques semaines pour proposer de maintenir l’unité du football interclubs européen ». D’où les négociations secrètes qui ont abouti au « compromis […]aujourd’hui sur la table ». Une version des faits pour le moins éloignée de la réalité. Le Belge Michael Verschueren fait remarquer que les clubs qui jouent la Ligue Europa vont y perdre. Mais Rummenigge et les représentants du « big four »parviennent à calmer les critiques. La réforme est adoptée à l’unanimité par le conseil de l’ECA. Elle est votée dans la foulée par les instances de l’UEFA, et annoncée publiquement le lendemain. Encore un nouveau projet à l’automne 2018 Interrogé par Mediapart, Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique lyonnais et seul administrateur français de l’ECA, confie avoir « été surpris et déçu » que le conseil n’ait été informé qu’au dernier moment. Il explique que les éléments communiqués n’étaient « pas suffisamment transparents », et ne permettaient pas de « se rendre compte de la dimension de l’évolution et de ses conséquences ». « Si la discussion avait lieu aujourd’hui, […] je pense qu’il y aurait beaucoup plus de réticences », conclut Aulas. En effet. Dix jours plus tard, le comité des compétitions de l’ECA, l’organe du syndicat normalement compétent sur ce genre de réforme, se réunit à Paris. C’est la révolte. Plusieurs représentants se plaignent d’avoir été court-circuités. Filips Dhondt, de l’AS Monaco, souligne que malgré l’« importance » du dossier, le comité « ne s’est pas réuni depuis le mois de février ». Duncan Fraser, patron du club écossais d’Aberdeen, dénonce une réforme « dictée par la menace d’une rupture », et souligne le fait que l’ECA doit normalement « représenter l’ensemble de ses 220 membres, et pas seulement les gros clubs ». Mais il est trop tard. Lars-Christer Olsson, président de l’EPFL, le syndicat qui regroupe les 28 ligues européennes de foot, dont la LFP française, est dans une colère noire. La réforme est « une grosse erreur de l’UEFA » et « un premier pas vers une Super Ligue privée », qui « va entraîner un fossé croissant entre les “riches” et les moins riches », dénonce-t-il dans un mail à ses adhérents, le 26 août. « Est-ce conforme aux règles que l’UEFA adopte de tels changements […] sans avoir de président ? Peut-on contester ? » réagit par courriel le directeur général de la Ligue de football professionnel (LFP) Didier Quillot. Le 7 septembre, le conseil de l’EPFL se réunit à Amsterdam. Il appelle les ligues à la résistance face à « la pression et l’intimidation des grands clubs », qui ont profité de la « vacance du pouvoir » pour « imposer leur réforme avec les apparatchiks de l’UEFA ». Une cellule spéciale de trois personnes, composée du président Olsson et de Didier Quillot, est formée pour étudier un possible recours. Elle est très vite dissoute, à cause des incertitudes juridiques et du manque d’unité entre les différents pays. Le lobbying de l’EFPL auprès de l’UEFA fonctionne cependant. Le syndicat obtient un siège au comité des compétitions et au comité exécutif. Désormais, aucune réforme ne pourra se décider sans que les ligues ne soient informées. Therodore Theodoridis, Michele Centenaro et Karl-Heinz-Rummenigge ont refusé de répondre à nos questions. Michael Gerlinger, secrétaire général du Bayern, indique que « bien sûr, en tant que président de l’ECA, Karl-Heinz Rummenigge a été l’une des personnes les plus importantes au cours des discussions », et qu’il a finalement été celui qui a poussé pour rester au sein de l’UEFA. Le Bayern assure que la réforme a davantage profité aux clubs moyens, se fondant sur une étude de l’UEFA dont il ne nous a fourni qu’une seule page. Theodore Theodoridis, secrétaire général de l'UEFA. © Reuters L’UEFA nous a répondu par écrit qu’elle ne pouvait pas attendre l’élection du nouveau président, car la mise en vente des droits télé était urgente. « L’objectif de l’UEFA pendant les négociations était […] de protéger l’unité du football européen […] et la structure des compétitions européennes. » L’UEFA reconnaît avoir réformé sous pression, mais ajoute que l’appel d’offres a rapporté « plus d’argent », ce qui a bénéficié financièrement au « football européen dans son ensemble ». Un document issu des Football Leaks suggère que malgré sa victoire, le « big four » n’a pas été immédiatement dissous. Le 26 janvier 2017, des représentants de la Juve, du Bayern, du Barça et du Real ont organisé une « pré-réunion » dans une suite de l’hôtel Hilton de Munich…, juste avant le conseil d’administration de l’ECA qui se tenait au même endroit. Au cours de la réunion, le président Rummenigge a indiqué que le nouveau président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, a demandé à l’ECA de prolonger jusqu’en 2024 son accord avec la fédération européenne, « pour éviter l’émergence d’une Super Ligue et préserver l’unité du football européen ». Surtout pas, a réagi le patron d’Arsenal, Ivan Gazidis : c’est « notre moyen de pression pour obtenir ce qu’on veut ». De nouvelles discussions ont déjà commencé au sujet du format de la Ligue des champions pour les années 2021-2024. Le 22 septembre 2018, le patron de la Juventus, Andrea Agnelli, qui a succédé à Rummenigge à la tête de l’ECA, est le premier à vendre la mèche : l’UEFA aurait donné son « feu vert » à la création d’une troisième Coupe d’Europe positionnée en dessous des deux autres, afin d’accueillir les clubs plus modestes. Chacune des compétitions rassemblerait 32 équipes, précise Agnelli. La décision finale est attendue d’ici à la fin de l’année. Et la proposition « fait consensus », assure à l’EIC un proche de l’UEFA. Les grands clubs auraient-ils renoncé à leur rêve d’une Ligue des champions à vingt-quatre ? La Super Ligue privée est-elle définitivement enterrée ? Le secrétaire général du Bayern, Michael Gerlinger, répond qu’il n’y a « aucune inquiétude à avoir », cette perspective est « plus éloignée que jamais ». Mais pas pour tout le monde. Dans la nuit du 22 octobre 2018, un mail est adressé à l’assistante de Florentino Pérez, président du Real Madrid, et à ses deux adjoints. Il émane de Key Capital Partners, une firme financière basée à Madrid qui travaille depuis longtemps avec le Real. En pièce jointe, il y a un document « que je vais examiner avec le président », précise l’un des associés de Key Capital. Le nouveau projet de Super Ligue européenne privée envoyé au président du Real Madrid le 22 octobre 2018. © EIC Le document est un « accord préliminaire contraignant » de 13 pages visant à créer une « super ligue européenne », à partir de 2021, pour une durée de vingt ans. La compétition rassemblerait 16 équipes, divisées en deux catégories. D’un côté, 11 « fondateurs », dont le « big seven » de 2016 : Bayern, Real, Barça, Juventus, PSG, Milan AC, Manchester United, Manchester City, Chelsea, Liverpool et Arsenal. De l’autre, 5 « invités initiaux » : l’Atletico Madrid, l’AS Roma, l’Inter Milan, le Borussia Dortmund et l’Olympique de Marseille. L’accord prévoit que la compétition sera gérée par une société espagnole, contrôlée exclusivement par les « fondateurs ». Le document indique même la future répartition des parts : le Real serait le plus gros actionnaire avec 18,77 %, tandis que le PSG n’obtiendrait que 6,16 %. Tout est prévu dans les moindres détails. La société sera dotée d’un organe disciplinaire pour sélectionner les arbitres et sanctionner « les clubs et les joueurs ». Il y aura également des règles de « fair-play financier », différentes toutefois de celles de l’UEFA, pour éviter qu’un club ne soit subventionné à fonds perdus par ses actionnaires. Le document indique que la signature des seize clubs est prévue en « novembre 2018 ». Mais on ignore où en est le projet. S’agit-il d’une simple proposition émanant d’investisseurs, comme celle qu’avait faite l’Américain Charlie Stillitano fin 2015 ? Le club madrilène a-t-il déjà évoqué cette nouvelle Super Ligue avec les quinze autres clubs figurant dans le document ? Manifestement, ce document embarrasse. Contactés par l’EIC, ni le Real Madrid ni Key Capital Partners, qui lui a envoyé le projet, n’ont donné suite à nos sollicitations. Idem pour l’Olympique de Marseille. Le Bayern de Munich et le PSG nous ont répondu qu’ils ne connaissaient ni le document ni son contenu. Hans-Joachim Watzke, le PDG du Borussia Dortmund, n’a pas souhaité commenter, se contentant d’indiquer que son club « ne quittera pas la Bundesliga ». Source
  14. slt pour ton clavier à lire ici Amicalement.
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