Aller au contenu
  • billets
    17
  • commentaires
    6
  • vues
    1 165

Le monde du football se déballonne

gringoman

103 vues

salut,

https://goo.gl/WsgpFS

La saison 2 des Football Leaks vient de s’achever. Mais face à nos révélations, la Fifa, la Ligue, le ministère et les joueurs semblent s’être passé le mot : chuuuut ! Pas question de réveiller les consciences, ni de ternir le show. Seule la justice semble en mesure de prendre le relais.

 

Silence, on joue. Les Football Leaks, saison 2 s’achèvent dans un immense soupir de soulagement. Pendant près de quatre semaines, le monde du ballon rond a attendu, non pas nos révélations, mais qu’elles prennent fin : il ne faut pas casser le jouet.

 

fl-logo

Il y a deux ans, après la première saison des Football Leaks, il y avait encore un doute, un espoir. Peut-être que les plus hautes instances du football allaient réagir, prendre des sanctions, durcir les règles ou juste les respecter. Il n’en est rien. Seule la justice pénale, indépendante, donne quelques suites à nos informations.

 

Pourquoi ? Les instances du football mondiales sont mouillées jusqu’au cou. Le départ de la Fifa de Sepp Blatter, pris dans un immense scandale de corruption, n’a rien changé aux pratiques en vigueur. Son successeur, Gianni Infantino, ne s’est pas contenté d’aider de grands clubs européens comme le Paris Saint-Germain et Manchester City à maquiller leurs comptes pour faire croire qu’ils satisfaisaient aux règles du fair-play financier : il a tué les instances internes de contrôle indépendantes.

 

Gianni Infantino, ancien secrétaire général de l'UEFA, président de la Fifa depuis 2016. © ReutersGianni Infantino, ancien secrétaire général de l'UEFA, président de la Fifa depuis 2016. © Reuters

Gianni Infantino s’est aussi acoquiné avec un procureur suisse qui lui livre de précieuses informations en échange de sympathiques cadeaux, ce qui a provoqué l’ouverture d’une enquête judiciaire contre Infantino et d’une enquête administrative du ministère de la justice contre le procureur fédéral suisse Michael Lauber.

 

Le président de la Fifa, qui se dépeint volontiers en « Monsieur Propre », a même étouffé le dopage d’internationaux russesavant la Coupe du monde, pour ne pas fâcher Vladimir Poutine, hôte de la compétition, ni Gazprom, sponsor majeur de la Fifa. Le poisson pourrit par la tête.

Dès lors, pas étonnant que la Fifa n’ait pas réagi à nos révélations, en particulier au sujet des graves dérives du business des joueurs mineurs. En 2016, nous avions déjà commencé à révéler la façon dont les jeunes footballeurs, partout dans le monde, et particulièrement en Afrique, sont déplacés, revendus, exploités, au mépris de leurs droits. Que découvre-t-on ? Rien ne s’est passé depuis. Aucune nouvelle sanction. Alors que la situation n’a fait que s’amplifier.

Fidèle à sa politique de l’autruche, la Fifa n’a fait, après la publication de nos nouveaux articles, aucune annonce pour lutter contre les pratiques déviantes des académies africaines (lire ici et ), ni pour accélérer les enquêtes contre les clubs, malgré des manquements graves (Manchester City et Chelsea risquent un à deux ans d’interdiction de transferts de mineurs).

 

Aleksander Ceferin, président de l'UEFA depuis 2016. © ReutersAleksander Ceferin, président de l'UEFA depuis 2016. © Reuters

Même stratégie du bunker à l’Union des associations européennes de football (UEFA), qui a couvert le dopage financier stratosphérique du PSG, de Manchester City (lire ici et ), de trois clubs russes et de l’AS Monaco (6 milliards d’euros au total). Le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, n’est pas motivé pour faire le ménage, alors même que l’essentiel des faits se sont déroulés sous l’ère Infantino et que Ceferin est en guerre ouverte avec lui.

 

Il faut dire qu’en mai 2018, des collaborateurs de Ceferin avaient proposé au PSG de clore l’enquête pour « raisons politiques ». Aucune enquête interne n’a été ouverte à l’UEFA pour faire la lumière sur les compromissions, entre autres, de Michel Platini et de Gianni Infantino.

On dit que ce qui fait le succès d’une formation dans le foot, c’est la solidarité qui anime ses joueurs. En ce sens, les dirigeants du football européen et français forment une magnifique équipe. Une inébranlable famille.

Beaucoup de clubs ont perdu en Ligue des champions contre le PSG, Manchester City et le Zénith Saint-Pétersbourg. Encore plus de clubs les affrontent chaque semaine dans leurs championnats respectifs. Les victimes de ces affaires de dopage financier se comptent donc par dizaines. Et leurs supporters par centaines de milliers. Il n’empêche : aucun club n’a osé porter plainte à l’UEFA. Parce que tout le monde se tient et que tout le monde a peur.

Rien ne doit sortir du vestiaire. Et rien ne peut sortir du vestiaire. Prenez l’Olympique lyonnais. Jean-Michel Aulas a fréquemment hurlé par le passé contre le dopage financier du PSG. Lorsque nous en avons publié les preuves, il s’est contenté du service minimum. Idem lorsqu’il a lu qu’un cartel de grands clubs européens l’avait roulé dans la farine en 2016 en menaçant de créer une Super Ligue privée pour imposer à l’UEFA sa réforme des compétitions européennes.

 

Banderole déployée par les supporters du Bayern Munich après nos révélations sur le cartel des gros clubs : "Le football ne peut pas être le terrain de jeu des gros. Non à la Super Ligue et aux dirigeants corrompus." © D.R.Banderole déployée par les supporters du Bayern Munich après nos révélations sur le cartel des gros clubs : "Le football ne peut pas être le terrain de jeu des gros. Non à la Super Ligue et aux dirigeants corrompus." © D.R.

 

Peut-être parce que réagir, ce serait donner du crédit à nos révélations. Or que disent nos informations ? Que quand il bataillait contre les avantages fiscaux dont bénéficie son rival, l’AS Monaco, il a baissé d’un ton – pure coïncidence – dès l’instant où le club monégasque lui a acheté des joueurs. Et de deux tons lorsque l’AS Monaco a signé un contrat commercial avec son entreprise privée, la CEGID.

Même silence pour l’écrasante majorité des quelque 200 clubs rassemblés au sein du syndicat des clubs européens (ECA) : pas un seul n’a déposé de recours, alors que les clubs, petits et moyens, ont perdu des dizaines de millions d’euros par an et que les dirigeants de l’ECA étaient aussi ceux du cartel.

Et la Ligue nationale de football, alors ? Elle a annoncé avoir ouvert une enquête, conjointement avec la Fédération, à la suite de nos révélations sur les méthodes employées par l’AS Monaco pour recruter des mineurs.

Mais la Ligue n’a rien fait lorsque nous avons révélé les multiples violations de la réglementation commises par l’ASM pour payer les agents ou les clubs, via des contrats secrets ou encore un match fantôme avec Manchester United. Ne serait-ce pas son rôle de hausser le ton, d’enquêter, de s’offusquer des méthodes inacceptables employées par Monaco ?

 

 

À Monaco, le prince Albert a bien fini par réagir, dans nos colonnes, à l’avalanche de révélations sur le président du club, Dmitri Rybolovlev. Car celui-ci ne s’est pas contenté d’acheter un club : à coups de cadeaux et d’embauches, il s’est assuré la bienveillance de tout un appareil d’État. Là encore, c’est de la justice que viendront d’éventuelles suites : Rybolovlev a été inculpé pendant les Football Leaks.

Football Leaks 1 avait révélé le scandale des agents de joueurs, des structures offshore, de rémunérations hors normes, de l’évasion fiscale des stars du ballon. Football Leaks 2 a confirmé ces pratiques, ces rémunérations douteuses dans les transferts de Neymar et Mbappé, les pratiques de Pini Zahavi, les montages de Jorge Mendes.

Mais Football Leaks 2 a surtout confirmé que personne n’en avait rien à faire. Tous continuent d’opérer dans le milieu. Dans l’affaire du transfert de Paul Pogba de la Juventus à Manchester United, la Fifa a blanchi la Juve et la Fédération anglaise n’a même pas jugé utile d’ouvrir une enquête sur Mino Raiola, l’homme qui a engrangé 49 millions d’euros dans cette opération en multipliant les conflits d’intérêts.

À défaut de sanctionner les magouilles financières qui gangrènent le football, on aurait pu imaginer une forme de rectitude morale de ses principaux dirigeants. Il n’en est rien.

Ainsi, en France, nous avons prouvé que le PSG opérait un fichage ethnique en mentionnant l’origine de ses recrues potentielles, âgées de 12 ou 13 ans. Et qu’au moins un adolescent, Yann Gboho, a été discriminé uniquement parce qu’il était noir. Que n’aurait-on pas dit si, dans un autre secteur, une entreprise privée avait voulu limiter le nombre de Noirs dans ses effectifs ? Mais dans le football, tout est permis.

Une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris et l’affaire a fait grand bruit, bien sûr. Mais un lobbying intense du club, des intérêts partagés, une envie de cacher les discriminations touchant un sport qui s’affiche habituellement comme le lieu où tout le monde a sa chance, le tout appuyé par quelques journalistes de renom, ont permis d’enterrer rapidement l’affaire.

La secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, estime sans rire qu’il « n’y a aucune raison de ne pas avoir confiance dans le PSG », et croit bon de préciser que le fichage était « apparemment […] une initiative isolée ». De son côté, le comité d’éthique de la Fédération française de football déclare, après avoir auditionné uniquement les dirigeants du PSG, que « les pratiques présumées discriminatoires ne sont pas établies ».

Tout le monde réagit donc a minima, se fie à l’enquête interne du PSG, alors que nous avons démontré que la direction générale du club, qui supervise la prétendue investigation, a couvert ces pratiques discriminatoires.

 

Banderole déployée par les supporters du club allemand de Fribourg après nos révélations : "Merci à John et à l'équipe Football Leaks. Continuez !" © D.R.Banderole déployée par les supporters du club allemand de Fribourg après nos révélations : "Merci à John et à l'équipe Football Leaks. Continuez !" © D.R.

 

Ces discours relativistes et lénifiants finissent par contaminer les amateurs de football. En Allemagne, les révélations des Football Leaks ont suscité une vague d’indignation. Dès le premier week-end, des banderoles ont fleuri dans les stades pour remercier l’équipe des Football Leaks et John, la source des révélations.

En France, l’article qui a eu le plus de retentissement est celui concernant Ngolo Kanté, qui a refusé de toucher une partie de ses revenus dans le paradis fiscal de Jersey. Bis repetita : il y a deux ans, c’était l’histoire de Benzema, patriote fiscal, qui avait cartonné. À croire que les supporters ne supportent que les bonnes nouvelles qui, de banales, deviennent surprenantes, tant rien ne tourne rond dans ce monde, si ce n’est le ballon.

https://goo.gl/WsgpFS

 

  • J'aime 1


0 Commentaire


Commentaires recommandés

Il n’y a aucun commentaire à afficher.

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !

Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.

Connectez-vous maintenant
×