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La Russie perfuse le club de Poutine, l’UEFA ferme les yeux

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La Russie perfuse le club de Poutine, l’UEFA ferme les yeux

 PAR YANN PHILIPPIN ET MICHEL HENRY

L’UEFA a couvert les subventions déguisées accordées par son sponsor Gazprom au Zénith Saint-Pétersbourg, le club de Vladimir Poutine. Pour ne pas fâcher l’autocrate russe avant le Mondial 2018, l’UEFA a aussi fermé les yeux sur le dopage financier massif de deux autres clubs russes, via des contrats de sponsoring gonflés à près de dix fois leur valeur réelle.

Le 12 novembre 2013, au siège de l’UEFA à Nyon (Suisse), une vingtaine d’hommes sont réunis. Il y a là Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre belge devenu le chef de la chambre d’instruction de l’ICFC (Instance de contrôle financier des clubs), qui les a convoqués, des représentants de la fédération russe et du plus gros club du pays, cher à Poutine : le Zénith Saint-Pétersbourg.

 

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En jeu : ses contrats de partenariats. Le Zénith appartient à Gazprom, qui y a injecté 113 millions d'euros en 2012, soit bien au-delà de ce que permet le fair-play financier, mis en place à partir de 2013 pour éviter que de grosses entreprises ou des États faussent la concurrence en finançant des clubs à fonds perdus.

 

De cette discussion, il n’y a pas de transcription. Mais une copie de la présentation du Zénith aux enquêteurs, issue des documents Football Leaks analysés par Mediapart et ses partenaires de l’EIC, livre de précieuses informations. Le Zénith reconnaît que les clubs russes sont massivement subventionnés dans la perspective de la Coupe du monde 2018.

 

Vladimir Poutine et Gianni Infantino © Reuters
Vladimir Poutine et Gianni Infantino © Reuters

L’argumentation ? La Russie souhaite améliorer son championnat d’ici là, mais le marché russe ne peut financer cet objectif. Seul l'État est capable d’injecter des sommes massives. La plaidoirie du Zénith ressemble à une menace : si vous imposez le fair-play financier, vous tuez le Zénith et d’autres clubs quatre ans avant le Mondial, et avec eux l’équipe nationale, puisque pas moins de vingt et un joueurs de la sélection évoluent en Russie.

Expliquant « pourquoi les contrats de parrainage sont si élevés », une diapositive détaille : « Les clubs russes qui souhaitent participer aux coupes européennes ne sont pas en mesure de générer des revenus comparables (recettes du stade, publicités, droits télé) à ceux du top 5 des championnats européens. La différence est d'au moins 50 millions d'euros. » En conséquence, les propriétaires, en particulier les entreprises d’État comme Gazprom, « ont tendance à couvrir les dépenses » pour surmonter la différence « due à un marché sous-développé » (notre document ci-dessous).

 

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Et si ce marché est sous-développé, c’est parce que la population russe « ne gagne qu'un tiers du revenu moyen des grands pays de l'UE ». Conclusion : si les clubs russes doivent se conformer au fair-play financier, cela aura des conséquences désastreuses, dont « la vente des meilleurs joueurs à l'étranger ». Cet exode entraînera une « perte de compétitivité » sur la scène européenne et le début d’une « spirale » infernale, avec « une nouvelle réduction du niveau de revenus ». Menace ultime : le supporteur de foot se détournera vers le hockey sur glace. L’apocalypse.

Le message du Zénith est clair : si vous nous sanctionnez, c’est la guerre. La Russie contre l’UEFA. Vladimir Poutine contre Michel Platini, inspirateur du fair-play financier et Gianni Infantino, secrétaire général de l’UEFA de 2009 à 2016.

 

Infantino et Poutine lors de la Coupe du monde en Russie. © Reuters
Infantino et Poutine lors de la Coupe du monde en Russie. © Reuters

Mais cette guerre des trois n’aura pas lieu. Car comme le démontrent des documents Football Leaks, l’instance européenne replie son drapeau et range ses mousquetons. Elle opte pour une sanction « light », qui revient à accepter le dopage financier de Gazprom. Dans l’accord secret signé en mai 2014 avec la chambre d’investigation, les violations des règles sont soigneusement gommées. Et le Zénith évite l’exclusion des coupes européennes.

Les deux clubs moscovites ont bénéficié de la même mansuétude : le FC Lokomotiv et le Dynamo, tous deux subventionnés à coup d’argent public. Les sommes en jeu sont considérables. Selon les calculs de notre partenaire The Black Sea, dans les cinq années ayant suivi l’introduction du fair-play financier en 2013, des entreprises à majorité de capitaux publics ont injecté 1,65 milliard d’euros dans ces trois clubs, à la faveur de contrats gonflés artificiellement.

Ces révélations ont de quoi révolter les clubs sanctionnés pour des infractions moins graves. Interrogée par EIC, l’UEFA n’a pas souhaité répondre en raison d’« obligations de confidentialité ». Elle indique simplement qu’en six ans d’application, le fair-play financier représente « un grand succès », puisque « les pertes des clubs européens qui se montaient à 1,7 milliard d’euros se sont transformées en bénéfices de 600 millions d'euros ».

L’UEFA, qui s’est déjà couchée face au Qatar et à Abou Dhabi (lire ici et ), n’a pas osé froisser Vladimir Poutine. Cela fait six ans que l’autocrate a entrepris de briller sur la planète foot, avec en apothéose le Mondial 2018 en Russie. Une manière de faire oublier ses nombreuses turpitudes : guerres en Syrie et en Ukraine, annexion de la Crimée, soupçons d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine.

La fédération européenne pouvait d’autant moins résister qu’elle est subventionnée par la Russie. En juillet 2012, la richissime entreprise d’État Gazprom, propriétaire du Zénith, est devenue le sponsor de la Ligue des champions de l’UEFA, pour un montant estimé à 40 millions d’euros par an.

Le Zénith est surnommé « le club de Poutine ». Celui de la ville où il est né et a grandi, avant d’en devenir le premier adjoint au maire dans les années 1990. Celui qu’il veut voir briller en Europe. Le Zénith appartient à Gazprom, un géant du gaz qui, l’an dernier, a réalisé près de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et qui fournit près de 40 % de la consommation de l'Union européenne.

Gazprom est aussi le sponsor officiel de la FIFA

Gazprom passe pour le bras armé de l’État russe, à moins que ce ne soit l’inverse, comme ironisait un diplomate, en 2009, cité par le magazine Challenges : « Entre Gazprom et le Kremlin, on ne sait pas très bien qui a le plus besoin de l'autre. Il y a une blague qui circule à Moscou : quand Poutine quittera le gouvernement, il deviendra PDG de Gazprom et Miller ira au Kremlin pour obéir à ses ordres. »Le patron de Gazprom, Alexeï Miller, est un ami de longue date du chef de l’État.

Quand Poutine a fait du lobbying pour l’oléoduc « North Stream », qui aboutit en Allemagne, Gazprom est devenu le sponsor principal du club allemand Schalke 04. Lorsqu’il a fallu pousser un autre gazoduc, « South Stream », passant par la Serbie, Gazprom est devenu le partenaire de l’Étoile rouge de Belgrade.

Gazprom s’est aussi montré très actif en 2010 pour soutenir la candidature de la Russie au Mondial 2018. Outre son partenariat avec l’UEFA pour la Ligue des champions, le sponsor géant gazier est le sponsor officiel de la FIFA. Le contrat a été signé en 2013 à Sotchi par Joseph Blatter, président aujourd’hui déchu de la FIFA, en présence de Poutine lui-même.

 

Sepp Blatter était encore président de la FIFA lorsque l'accord a été signé avec Gazprom © Reuters
Sepp Blatter était encore président de la FIFA lorsque l'accord a été signé avec Gazprom © Reuters

Selon les documents Football Leaks, Gazprom, qui a pris le contrôle du Zénith en 2005, a fourni au club 66 % de ses revenus à travers des contrats de sponsorship gonflés artificiellement. Grâce à cet argent, Zénith triple son budget et joue les premiers rôles dans son championnat, gagné trois fois en dix ans, et dans les compétitions européennes – le Zénith a remporté la coupe UEFA en 2008. Il a acheté, en 2012, le Brésilien Hulk pour 60 millions d'euros, plus gros transfert de l’histoire russe à l’époque.

L’UEFA pourrait tomber à bras raccourcis sur le Zénith mais elle ne l’a jamais fait. Pourtant, l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), organe a priori indépendant de l’UEFA, a enquêté.

En 2013, sa chambre d’investigation réclame les comptes du Zénith, comme de tous les clubs qualifiés pour la Ligue des champions. Le Zénith affiche un déficit conforme aux règles du fair-play financier (24 millions d'euros) et un sponsoring de Gazprom lui aussi dans les clous, à hauteur de 20,8 millions, inclus sous l’appellation « sponsor principal no 1 ».

Mais les comptes évoquent un mystérieux « sponsor principal no 2 », non identifié, qui a versé 64,4 millions d'euros. En septembre 2013, le chef de la chambre d’instruction, Jean-Luc Dehaene, réclame au club des détails sur ces contrats. Les documents envoyés par le Zénith dévoilent le visage de ce « sponsor principal no 2 » : c’est Gazprom !

Il s’agit de contrats passés avec huit filiales du géant gazier ou des sociétés proches, dont le fonds de pension de Gazprom (notre document ci-dessous). Plus gros contributeur : Gazprombank, avec 15,1 millions d’euros. Gazprom Germania, la filiale de Gazprom en Allemagne, verse 12,1 millions d'euros. Pourquoi cette entreprise à vocation allemande sponsorise-t-elle un club russe ?

 

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Autre sponsor, pour 6,4 millions d’euros : Sibur Holding, un conglomérat de la pétrochimie qui appartenait à Gazprom jusqu’en 2012 avant de passer aux mains de riches hommes d’affaires russes proches du pouvoir, Leonid Mikhelson et Guennadi Timtchenko. Kirill Chamalov, l’ex-gendre de Poutine, en a aussi détenu une partie. Et d’après les Panama Papers, Sibur est une relation d’affaires de Wilbur Ross, le secrétaire au commerce de Donald Trump.

Outre ces sociétés liées à Gazprom, on trouve un lot de 54 « petits » sponsors qui apportent 14 millions d'euros. Ils sont prétendument indépendants de Gazprom. Mais l’ombre du géant gazier ressurgit derrière le principal contributeur de ce lot, Metalloinvest Holding (9,5 millions d'euros) : son premier actionnaire, Alicher Ousmanov (qui est également un des gros actionnaires du club londonien d’Arsenal), a dirigé Gazprom Investholding jusqu’à sa démission en 2014.

Quand on fait l’addition, le Zénith dépend à 66 % de Gazprom. Il dépasse ainsi le PSG, dépendant du Qatar pour « seulement » 48 % de ses revenus à l’époque. Sans Gazprom, les revenus du Zénith chuteraient à 57 millions d'euros au lieu de 171 millions, et son déficit atteindrait 137 millions d'euros. Ce serait la faillite.

Le Zénith ne se démonte pas. Le directeur général du club, Maxim Mitrofanov, estime, sans rire, que Gazprom sous-paie ses contrats. D’autant que, précise le dirigeant, « en 2012, Gazprom a demandé et obtenu des services qui n’étaient pas prévus ».

Il fournit une liste des « services », qui montrent comment le club russe a été utilisé, à un point qui serait inimaginable dans les autres clubs européens. Les dirigeants de Gazprom ont ainsi accès, au stade du Zénith, à la « loge du gouvernement ». Les joueurs doivent aller souhaiter bon anniversaire aux dirigeants de Gazprom et regarder des matchs avec eux. Les joueurs doivent aussi passer faire coucou aux « partenaires de Gazprom » dans leurs loges, signer des autographes pour eux, et participer à des « événements fermés » qu’ils organisent.

Malgré ces « services » très particuliers, le Zénith anticipe des difficultés. Il commande une évaluation de la valeur des contrats à l’agence Repucom, celle-là même que Gazprom vient de mandater pour mettre en place une réforme de l’attractivité du championnat russe. Choisir un expert aussi peu indépendant est pourtant formellement interdit par le règlement de l’UEFA. Mais la fédération européenne ne moufte pas.

Sans surprise, l’évaluation de Repucom valide, à peu de choses près, les chiffres surestimés des contrats de sponsoring avec Gazprom. En février 2014, le Zénith fait tout même un petit geste envers l’UEFA, rectifiant son budget pour « limiter » la contribution de Gazprom à 74 millions d’euros. Mais le club affiche encore un déficit de 92 millions d’euros, deux fois la limite autorisée.

Tout se termine comme dans un conte de fées

Le 31 mars 2014, le nouveau chef de la chambre d’instruction, Brian Quinn, qui remplace Dehaene malade, ouvre une enquête officielle. Pour se rapprocher de l’équilibre, le Zénith propose à l’UEFA de réévaluer le contrat annuel de Gazprom à 90 millions d'euros jusqu’en 2017. La chambre d’instruction accepte, et décide non seulement de blanchir le club pour la fraude passée, mais d’autoriser qu'elle se poursuive à l’avenir.

Au bout du compte, la chambre de l’instruction de l’ICFC a passé l’éponge sur les 245 millions injectés par Gazprom entre 2011 et 2013, et autorisé 360 millions d'euros supplémentaires sur les quatre années suivantes. Bref, l’UEFA a validé le dopage financier à hauteur de 605 millions d'euros sur six ans. Le Zénith promet toutefois de rentrer dans les clous du déficit autorisé en 2016.

Le Zénith n’a pas été exclu de la Ligue des champions. Le 8 mai 2014, trois jours après la mort de Dehaene, le Zénith signe un accord amiable avec l’UEFA, avec pour seules sanctions une amende de 6 millions d'euros d’amende et des restrictions sur l’achat de joueurs. Les centaines de millions d’euros de Gazprom ne sont mentionnés nulle part.

La bienveillance de l’ICFC se répète quelques mois plus tard avec deux clubs moscovites, dont le FC Lokomotiv. Comme son nom l’indique, le club appartient à 90 % aux Chemins de fer russes, une autre énorme entreprise publique, avec un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards d’euros. Les Chemins de fer russes ont assuré 94 % des revenus de partenariat du Lokomotiv en 2012 et 2013, et 88 % des recettes du club entre 2012 et fin 2017 !

Au Dynamo Moscou, la banque VTB, contrôlée à 60 % par l’État, régale également, assurant 96 % des recettes de partenariat, soit 58 % du budget du club.

 

Le stade du Dynamo © Reuters
Le stade du Dynamo © Reuters

En octobre 2014, l’ICFC demande des éclaircissements. PwC (PriceWaterhouseCooper), choisi par le Lokomotiv pour évaluer ses contrats, livre un verdict sans appel : la surévaluation atteint près de 100 %. Les 187 millions d'euros de contrats valent en fait 87 millions d'euros.

Au Dynamo, c’est pire. Selon l’audit de Repucom, les contrats sont gonflés à près de dix fois leur valeur. Le contrat de 2013 à 84 millions d'euros ? Il ne vaut que 9,1 millions d'euros. Celui de 2012 à 89 millions d'euros ? 9,1 millions d'euros également.

Si l’on prend les contrats à leur juste valeur, les déficits atteignent des sommets : 302 millions d'euros sur trois ans au Dynamo. Le club choisit de plaider sa cause devant l’UEFA avec une certaine franchise : il lui faut, sur les six années de 2012 à 2017, 540 millions d'euros de VTB pour survivre – alors que les contrats en question valent dix fois moins.

Le nouveau président de la chambre d’instruction, Umberto Lago, n’apprécie guère et passe le dossier à la chambre de jugement qui, le 19 juin 2015, inflige au Dynamo une année de suspension des coupes européennes, ce qui semble clément au vu du dépassement constaté. Le club obtient une faveur supplémentaire : l’ampleur du trou reste confidentielle. Les sommes payées par VTB sont masquées dans le jugement publié.

Le Dynamo aurait-il évité l’exclusion en cachant son dopage financier ? Le Lokomotiv opte pour cette tactique. En 2015, l’ICFC l’informe qu’il n’est plus possible de recevoir près de 100 millions d'euros par an des Chemins de fer russes. Un peu plus tard, le club annonce qu’une autre entreprise, Finresurs, apportera 85 millions par an pendant cinq ans. Le Lokomotiv a-t-il trouvé un nouveau sponsor ? Pas vraiment : ce n’est qu’un paravent… des Chemins de fer russes.

Car Finresurs appartient au fonds d’investissement Trinfico, qui gère les retraites des Chemins de fer russes. La société a acquis les droits d’image du club et pour Umberto Lago, c’est assez simple : « Finresurs a principalement agi comme intermédiaire entre le club et les Chemins de fer russes. » Le club a juste changé l’emballage, en espérant que l’UEFA avale la couleuvre.

L’UEFA couvre encore une fois la fraude. La chambre de l’instruction opte pour un accord amiable avec le Lokomotiv en mai 2015, assorti d’une amende de 1,5 million d'euros et quelques restrictions sur les futurs transferts. Seule contrainte, si en 2016 le déficit persiste, le dossier sera transmis à la chambre de jugement. L’accord n’évoque pas la provenance réelle des fonds de Finresurs.

Tout se termine comme dans un conte de fées. En 2017, le Lokomotiv et le Zénith sortent avec un an d’avance du contrôle prévu par l’UEFA. Et le Zénith figure au 23e rang des clubs européens les plus riches, selon une enquête de Deloitte, avec 180 millions d’euros de budget.

Contacté par Mediapart, Umberto Lago a expliqué qu’il ne peut évoquer ces enquêtes, étant lié par un « accord de confidentialité signé avec l’UEFA ».

Contacté par EIC, VTB a indiqué : « La banque VTB n’est actuellement pas actionnaire du FC Dynamo, ses représentants ne font pas partie des dirigeants du FC Dynamo. Pour le moment, il existe un accord de partenariat entre VTB et le Dynamo Moscou. Nous pensons que ce contrat correspond à la valeur du marché et est à la juste valeur, en accord avec les règlements de l’UEFA. »

Les autres entités ou personnes citées dans cet article n’ont pas répondu à nos sollicitations.

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